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La revitalisation du centre-ville n’est pas un argument légitime au retour au bureau

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02.03.2026

EXPERT INVITÉ. Est-ce la fin du télétravail? Depuis janvier dernier, les fonctionnaires provinciaux de l’Ontario doivent désormais se présenter au bureau chaque jour de la semaine. Du lundi au vendredi, tout le monde rentre au poste, comme dans le bon vieux temps ! Cette tendre époque où l’on notait nos rendez-vous dans un agenda et où l’on télécopiait des documents à nos fournisseurs. Il ne manque plus que l’horodateur pour compléter le cliché.

Mais ce retour en arrière n’est pas qu’un élan de nostalgie de la part des gestionnaires. Au contraire, il résulte plutôt d’une pression subie par les organisations pour ramener les travailleurs au bureau. Ultimement, l’objectif de ce retour est de ranimer, pour ne pas dire réanimer, les centres-villes qui sont désertés depuis la pandémie. Et la fonction publique est tout particulièrement dans la mire, car on affirme qu’elle doit donner l’exemple en modifiant ses politiques de télétravail.

Le retour au présentiel chez les fonctionnaires ontariens a été la bouée de sauvetage des commerçants du centre-ville, et la chambre de commerce de Toronto se réjouit de voir les tours à bureaux se repeupler.

Le présentiel doit-il sauver le centre-ville ?

Au Québec, le télétravail a la couenne dure, ce qui inquiète les responsables de la vitalisation du centre-ville de Montréal. Conjointement, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Montréal Centre-Ville et l’Institut de développement urbain du Québec ont publié une étude qui plaide en faveur d’un retour au bureau. Sans remettre en question la méthodologie de cette étude réalisée par la firme Volume 10, avouons que son impartialité est difficile à défendre. L’étude soutient l’idée que Montréal serait « en retard pour ce qui est du retour au travail en présentiel » et met de l’avant des indicateurs de vitalité du centre-ville pour établir la nécessité d’accentuer le travail en présentiel. À mon sens, ces indicateurs sont des arguments bidon, si l’on se place du point de vue des travailleurs.

Occuper l’espace et s’acheter un dîner ?

Pour défendre le bien-fondé d’un retour au bureau, l’étude met de l’avant des indicateurs tels le taux d’inoccupation des bureaux du centre-ville ou encore, les pertes de revenus subies par les commerçants en raison du télétravail. On parle ici d’un taux d’inoccupation de 20 %, combiné à une perte de revenus hebdomadaires de 14 millions de dollars pour les commerçants du centre-ville. Il en résulte une diminution des revenus locatifs de 11 %.

Bien que ces indicateurs soient inquiétants pour les investisseurs immobiliers et les commerçants du centre-ville, ils ne font pas le poids pour justifier un retour au présentiel. Le télétravail a offert une véritable planche de salut aux travailleurs du savoir en matière d’équilibre travail-vie personnelle. Un sondage réalisé auprès des travailleurs de la fonction publique indique qu’un retour au présentiel serait associé à une augmentation du stress et de la fatigue, ainsi qu’à une détérioration de productivité et de la conciliation travail-vie personnelle.

Brandir ainsi les taux d’inoccupation et les pertes de revenus des commerçants du centre-ville pour réclamer davantage de travail en présentiel, ça équivaut à demander aux travailleurs de venir occuper des espaces et de s’acheter un dîner, afin de sauver le centre-ville. Est-ce légitime ? Cette stratégie me semble palliative et elle mérite d’être remise en question. Une redéfinition complète du centre-ville s’impose et il faudra faire preuve d’un peu plus de vision.

Plusieurs études ont démontré le bien-fondé d’une juste dose de télétravail sur différents indicateurs de performance organisationnelle, notamment la satisfaction au travail et la rétention des employés.

La pandémie a certes accéléré la diffusion du télétravail, mais ce phénomène n’a rien de nouveau chez les travailleurs du savoir. La dématérialisation de l’économie s’est enclenchée il y plus de cinquante ans et l’accentuation du télétravail était quelque chose de prévisible. Celles et ceux qui ont parié l’avenir de nos centres-villes sur le travail matériel et sur la présence au bureau sont désormais démasqués. À mon avis, il est grand temps pour eux de tirer leur révérence. Humblement, ils doivent laisser les rênes à celles et ceux qui ont la créativité et le courage pour redéfinir les centres-villes. L’avenir du centre-ville de Montréal est une question qui dépasse largement la valeur foncière de toutes ces anachroniques tours à bureaux, qui dominent le paysage. Laissons donc le leadership à celles et ceux qui feront prendre à nos centres-villes la véritable direction de l’innovation !


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