Bienvenue dans le printemps érable des condos!
EXPERT INVITÉ. La nuit dernière, j’ai fait un rêve tellement réaliste qu’il m’a presque fait croire que c’était possible.
Dans ce rêve, il existait un royaume appelé la Copropriété du Québec.
Un royaume vertical. Fait de tours remplies d’unités habitées par des citoyens courageux appelés copropriétaires.
Dans ce royaume, un rituel religieux bien ancrée existait deux danses en ligne:
El Chikanitta, exécutée lors des assemblées animées en 3D;
Las Mucho Din-Éros, performée lors des virements bancaires imprévus.
Mais dans les coulisses de ce royaume, quelque chose d’encore plus grand se préparait.
Un rassemblement des bâtisseurs du Québec. Des discussions franches. Des alliances inattendues.
On ne parlait plus seulement de construire. On parlait de transmettre. De collaborer. De penser ensemble dès le premier coup de crayon.
Dans ce rêve, j’ai vu des promoteurs concevoir leurs projets comme s’ils allaient y vivre eux-mêmes dans 20 ans. Des entrepreneurs documenter chaque geste comme s’il allait être relu par leurs petits-enfants copropriétaires.
Et surtout, j’ai vu des syndicats recevoir des immeubles vivants, compréhensibles, durables. Des immeubles avec une histoire claire et un avenir prévisible.
Le royaume n’était plus en crise. Il était en transformation. Un printemps. Pas parfait. Pas simple. Mais vivant.
Puis, juste avant de me réveiller, j’ai eu une impression troublante. Et si ce rêve n’était pas complètement un rêve? Et si, en ce moment même, certains acteurs étaient déjà en train d’écrire cette histoire ? En silence. En collaboration. Avec courage. Et que très bientôt certaines décisions allaient faire basculer le récit.
Brusque réveil à la réalité
Puis, comme une envie pressante, la réalité m’a rattrapé façon douche froide sans préavis.
Je me suis rappelé ce fameux «jeu de société» qui, pendant des années, s’est joué en huis clos.
Une sorte de Monopole(Y) réinventé:
Les promoteurs gagnent toujours des hôtels;
Les juristes gagnent des honoraires et créent des règlements (parfois même en bonus, des règlements pour expliquer les règlements);
Les assureurs s’assurent de ne pas payer;
Les gouvernants lancent des règlements comme des flocons de neige au Québec.
Et les copropriétaires? Ils jouent avec leur marge de crédit et découvrent les règles du jeu après avoir acheté «la casse», avec en prime l’option répétitive: retourner dans la «cage à dépenses».
L’habitation à la verticale au Québec traverse une période charnière:
Accès à la propriété digne d’un sport extrême, voire de l’escalade sans corde
Coûts de construction en mode ascenseur sans bouton «arrêt»;
Pénurie de main-d’œuvre chronique;
Exigences réglementaires accrues qui arrivent en tout-inclus avec des préposés aux excuses comme décideurs;
Immeubles qui vieillissent plus vite qu’une banane oubliée dans une voiture en juillet.
La copropriété est devenue naturellement un terrain stratégique. L’avenir est à la verticale, mais ses fondations reposent encore trop souvent sur du sable mouvant.
Un mouvement non officiellement déclaré mais de plus en plus visible.
L’entrée en vigueur des nouvelles exigences liées à la Loi 16 a marqué un tournant majeur. Carnet d’entretien, étude du fonds de prévoyance, attestation du syndicat et acomptes provisionnels protégés sont des outils et non de simples formalités administratives.
Ils sont le reflet direct de la qualité des décisions prises bien avant la livraison d’un immeuble.
Autrement dit, on ne peut plus concevoir, construire et vendre comme avant, en laissant aux générations suivantes le soin de corriger, documenter et financer les angles morts.
Défi collectif, implication collective
La copropriété d’aujourd’hui, c’est devenu une véritable «télénovelas».
Elle exige désormais une vision partagée, une responsabilité assumée et, surtout, la présence de tous les acteurs sur le même plateau au même moment.
Dans les rôles principaux de cette grande production immobilière, parfois dramatique, souvent coûteuse, mais potentiellement brillante:
Promoteurs et constructeurs;
Administrateurs et gestionnaires;
Et, oui, les gouvernements (qu’on attend toujours sur le terrain, avec leurs bottes de travail neuves, encore dans la boîte).
Avril, un point de bascule
Le mois d’avril marque bien plus que le retour du printemps. Il symbolise un nouvel élan pour bâtir le Québec de demain. Les premières pelletées de terre annoncent des projets porteurs. Mais, surtout, elles rassemblent celles et ceux qui ont le pouvoir et la responsabilité de transformer durablement notre façon d’habiter.
Au cours des prochaines semaines, bâtisseurs, promoteurs, développeurs, investisseurs et leaders de l’industrie se réuniront avec une ambition claire. Celle de réfléchir ensemble mais surtout d’agir.
Les décisions qui en découleront auront des répercussions directes sur la qualité de vie des Québécois, sur l’accès à la propriété ainsi que sur la vitalité de nos milieux pour les décennies à venir.
Le moment de choisir et d’agir
Avec l’arrivée de la Loi 16, les règles ont changé. Sur le terrain, le mouvement est déjà lancé.Gestionnaires, administrateurs et copropriétaires redressent la trajectoire. Les bâtisseurs et les professionnels emboîtent le pas. Une nouvelle façon de concevoir, de construire et de gouverner la copropriété prend forme.
Mais pour que cette transformation atteigne son plein potentiel, un acteur clé est encore attendu: le leadership politique(pour ne pas nommer des noms).
Ce chantier collectif n’attend plus des constats. Il appelle des décisions. Des engagements.S’impliquer aujourd’hui, ce n’est pas réagir. C’est bâtir intelligemment pour les générations à venir. C’est reconnaître que la copropriété n’est plus un enjeu périphérique, mais un pilier central de notre avenir collectif.
Le mouvement est déjà en marche.
Il reste une seule question qui alimente le suspense: les futurs élus choisiront-ils d’y participer ou préféreront-ils continuer à analyser la partie pendant que les autres sont déjà en train de jouer la prochaine? Et vous, c’était quoi votre rêve?
