Consommer
Ma génération est passée d’un monde où consommer était encore nouveau – et vécu comme un signe de progrès – à la compréhension progressive que consommer nous détruit.
Dans la grande maison familiale du côté de ma mère, dans la vallée de Blenio, il n’y a pas encore d’eau chaude dans les années 1980. L’installation se fera plus tard, quand l’une des sœurs aînées de ma mère reprendra la maison avec son mari, un maçon italien arrivé en Suisse comme saisonnier.
Du côté de mon père, ma cousine – mon aînée de quelques années – prend une douche tous les jours. Ma grand-mère peste (j’enjolive fortement en traduisant les expressions bernoises): «Quel gaspillage insensé, cela ne se fait pas, un bain par semaine suffit largement, c’est vraiment pas croyable.»
Toujours dans la famille paternelle, on partage un cochon, dont chaque partie est utilisée pendant des mois. Le rôti – la meilleure pièce – n’est servi que le dimanche ou les jours de fête. Ma grand-mère l’accompagne de pommes de terre en neige surmontées de panure de pain grillée au beurre et d’une salade de mâche. La maison est vaste, modernisée: salles d’eau........
