Affaire Lyhanna : est-on violeur de père en fils ?
Dans l’affaire Lyhanna, l’homme soupçonné du meurtre de la collégienne de 11 ans est issu d’une famille où le père et l’un de ses frères sont également mis en cause pour des viols sur mineurs. Si ce détail biographique peut paraître effroyable, il n’a rien d’un simple hasard statistique ou d’un épiphénomène isolé. Au contraire, il correspond à une configuration que la criminologie et l’épidémiologie repèrent depuis longtemps comme statistiquement typique : les violences en général, et les violences sexuelles en particulier, ont tendance à s’inscrire plus fortement dans certaines lignées.
Pour comprendre au mieux cette mécanique, il faut se tourner vers les grandes bases de données criminelles que les pays scandinaves sont particulièrement aptes à produire. Ainsi, l’étude de référence en la matière, dirigée par le chercheur Niklas Langström, professeur d’épidémiologie psychiatrique et de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent au Karolinska Institutet (Stockholm), exploite le suivi d’une cohorte nationale suédoise de 21 566 hommes condamnés pour infractions sexuelles sur une période de 37 ans.
Ses principales conclusions ? Que les frères biologiques d’un délinquant sexuel ont un risque environ cinq fois plus élevé d’être eux-mêmes condamnés pour ce type d’infraction que le reste de la population masculine. Pour les demi-frères, qui ne partagent qu’un seul parent biologique, ce risque est environ deux fois plus élevé. Autrement dit, le profil d’un agresseur ayant au moins un proche masculin auteur de faits similaires relève d’une réalité surreprésentée dans les archives pénales.
Comment expliquer cette concentration familiale ? Faut-il y voir le poids exclusif du milieu ou l’influence insidieuse de la biologie ? En modélisant ces recoupements familiaux, l’étude conclut que les différences de risque de passage à l’acte s’expliquent à environ 40 % par des facteurs génétiques.
Le plus contre-intuitif réside dans la part accordée à l’environnement. L’environnement familial « partagé » (le fait de grandir sous le même toit, de recevoir la même éducation, etc.) ne pèserait que pour 2 % dans la propension à commettre ce type de crime. La........
