Qui a (ré)inventé politiquement le voile en France ?
La question du voile est de retour en France, campagne électorale oblige. Certains proposent un contrôle policier du vêtement dans l’espace public, le voile étant perçu comme l’uniforme d’une conquête ou d’un basculement de la France. D’autres préconisent, à juste titre, de ne pas créer une crispation qui ne ferait que renforcer l’adversité, mais de s’attaquer aux racines : les Frères musulmans, la permissivité qui encourage l’islamisation communautariste. Tout y est dit, et souvent avec intelligence. Que reste-t-il ? Peut-être deux faits qui répondent à la question de savoir qui a contribué à réinventer politiquement le voile en Occident.
Par une étrange ironie de l’Histoire, le premier est fanonien. C’est l’intellectuel martiniquais, puis militant de la cause algérienne, le moins religieux qui soit, un athée assumé, qui a fourni l’un des arguments les plus puissants au voilement. Il sert encore, chez certains islamistes, à relier voilement et histoire coloniale.
Certes, dans L’An V de la révolution algérienne, publié en 1959, au chapitre « L’Algérie se dévoile », Frantz Fanon ne dit pas simplement que se voiler, c’est résister, et que se dévoiler, c’est trahir. Il donne toutefois au voile une puissance anticoloniale considérable : face à l’offensive française de dévoilement, le maintien du voile devient, dans son récit, le signe de la résistance.
La matrice fanonienne
Il prête au colonisateur ces mots : « Si nous voulons frapper la société algérienne dans sa contexture, dans ses facultés de........
