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Meeting de Mélenchon à Saint-Denis : l’erreur d’Annie Ernaux

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09.06.2026

Un député insoumis, Louis Boyard, maître de cérémonie, l’annonce à la foule : « Et notre prochain intervenant a su si bien poser les mots sur ce réel. Ses œuvres ont si bien décrit les déterminismes. » Drapée de keffieh, on filme Annie Ernaux dans un instant d’émotion. Un soupir de bonheur la traverse, sur ses épaules un keffieh palestinien pour signer son camp. Elle explique que « c’est un moment magnifique ». Hiératique, elle convoque Paul Éluard et son poème Liberté qui, jure-t‑elle, « parle de nous maintenant ».

Premier meeting de Mélenchon en Seine-Saint‑Denis, place Victor‑Hugo, sous le décor de la basilique cathédrale. Elle veut peut-être devenir le Malraux féminin du leader d’extrême gauche française. Où est l’erreur alors ? Un Prix Nobel n’a‑t‑il pas le droit de voter et de pousser à voter ? Oui. Mais Ernaux est une grande écrivaine et, en politique, une déception.

L’illusion du keffieh

La méprise est d’abord dans l’accoutrement. Dans le keffieh, on retrouve aujourd’hui la même charge d’illusion et de fétichisme que portait, il y a un demi-siècle, le col Mao et son complet « communiste ». Une réclamation, un signe d’adhésion, un désir d’affublement, une marque de solidarité.

Le déguisement rejoue aussi les mêmes illusions, les mêmes enthousiasmes mécaniques : Gaza, tragédie parmi d’autres blessures dans le monde, n’est pas unique, et ses morts devraient être dénoncés avec la même énergie que ceux du Soudan, de la Syrie ou d’ailleurs, sans disqualifier cet argument au nom de la « fausse équivalence ».

Comme autrefois avec le col Mao, on y rejoue peu à peu non le communisme idéalisé, mais ses exclusions, ses procès, ses tribunaux d’intentions. On coupe le monde en deux camps, on........

© Le Point