Municipales : la gauche a-t-elle perdu le goût des grands projets ?
Paris, « capitale du chantier perpétuel ». Le refrain est connu, entonné chaque matin par des milliers de riverains slalomant entre les plots de chantier. Rachida Dati, dont les yeux sont rivés sur le second tour des municipales, ne se prive pas de fustiger ce qu’elle nomme « le chaos des rues », imputant à Anne Hidalgo la paternité de chaque marteau-piqueur. On rira de l’ironie, car les mêmes procureurs auraient sans doute crié à l’immobilisme si la ville était restée sans travaux.
Pourtant, derrière la joute électorale, une question plus profonde affleure : la gauche a-t-elle perdu son « muscle » ? Est-elle encore capable d’édifier de grands projets audacieux et efficaces, ou est-elle condamnée à parsemer la ville de micro-aménagements et d’échafaudages qui irritent plus qu’ils ne font rêver ?
La municipalité parisienne n’est pas seule en cause, c’est un mal plus global qui guette le camp progressiste. C’est en tout cas le diagnostic frontal que posent deux journalistes américains influents, Ezra Klein et Derek Thompson, dans un essai tout juste traduit en français qui a fait l’effet d’un électrochoc aux États-Unis : Abondance, comment bâtir l’avenir que nous désirons (Arpa, 2026).
Sortir de l’obsession des normes
Labélisé « best-seller du New York Times », salué par Barack Obama comme « indispensable pour les progressistes qui souhaitent un plan de réforme de l’État », l’ouvrage est un plaidoyer pour que la gauche sorte de son obsession pour la régulation et l’obstruction. Selon les auteurs, il est temps de passer du côté de la force, celui du « libéralisme constructif », à prendre au sens littéral.
Ce que Klein et Thompson reprochent à........
