Les rêves giscardiens de Marine Le Pen
Il faut rendre à Marine Le Pen ce qui lui revient : elle a identifié le grand impensé politique de notre époque, en s’emparant de l’habitat comme d’un imaginaire intime, social et existentiel. Lors de son discours de rentrée politique à Hénin-Beaumont, la cheffe de file du Rassemblement national a dénoncé la grande crise du logement qui sévit dans le pays, tout en décrivant ce qui travaille en profondeur le pays.
« Il n’y a rien, mes chers amis, de plus heureux que le sentiment d’exprimer une harmonie dans son foyer en pouvant dire : “Je suis chez moi” », a-t-elle clamé devant ses militants, érigeant l’accession à la propriété en véritable « projet de vie ».
Cette intuition pourrait faire date parce qu’elle touche à l’histoire longue du corps social français. En plaidant pour l’avènement d’une « société de propriétaires », Marine Le Pen renoue, consciemment ou non, avec le grand dessein giscardien des années 1970. Dans Démocratie française (Fayard, 1976), Valéry Giscard d’Estaing théorisait déjà l’extinction de la lutte des classes par la constitution d’un vaste « groupe central » émancipé grâce à l’accès à la propriété rendu possible par le crédit immobilier et l’automobile.
L’ancien président écrivait que cet habitat individuel devait ressembler « le moins possible à une alvéole dans une ruche de ciment et le plus possible à une maison »,........
