menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

Radio-Canada a serré la main du diable!

16 0
11.03.2026

Après avoir serré la main du diable, Radio-Canada essaie maintenant de se justifier par des demi-vérités.

Marie-Philippe Bouchard, PDG de CBC/Radio-Canada, devra expliquer devant le comité du patrimoine de la Chambre des communes pourquoi le diffuseur public a choisi d’offrir ses deux chaînes d’information en continu dans Amazon. C’est le Bloc Québécois qui est à l’origine de la convocation, ce qui n’est pas surprenant, l’entente ne faisant guère de vagues au Canada anglais où la télévision de la CBC a peu d’adeptes et encore moins de défenseurs.

La première raison qu’invoque Radio-Canada est de permettre aux « anciens abonnés du câble et de la télévision par satellite » de retrouver les deux chaînes. Ceux qui ont coupé le cordon auraient-ils abandonné le câble s’ils étaient vraiment attachés à CBC News et à RDI ? Combien de ceux-là regardaient les chaînes en question, qui font souvent partie du service de base qu’offrent les distributeurs à 25 $ par mois ou qui sont offertes au rabais ?

Lundi dernier, à Tout un matin à Ici Première, Dany Meloul, la vice-présidente du réseau français, a laissé entendre « que certaines ententes avec les câblodistributeurs empêchent Radio-Canada d’offrir le signal de RDI sur sa propre plateforme numérique (tou.tv)».

De quelles ententes parle-t-on ?

Aucune des personnes que j’ai consultées n’a entendu parler de pareille entente. Que je sache, le diffuseur public n’a jamais demandé à Vidéotron, Bell ou Cogeco leur « permission » pour créer TOU.TV ou TOU.TV Extra, pas plus qu’elle ne demandera leur autorisation pour lancer de nouvelles chaînes numériques. Selon mes sources, Radio-Canada n’a encore entrepris rien de concret pour créer de nouvelles chaînes numériques ou pour rendre possible la diffusion en direct sur ses plateformes actuelles.

Dany Meloul n’a pas voulu dire combien l’entente avec Amazon rapportera, l’information étant confidentielle, ce que je comprends. Elle a ajouté, toutefois, qu’il s’agirait des « mêmes ententes » qu’avec les câblodistributeurs.

Tout à l’avantage d’Amazon

Espérons qu’elle dise vrai. A priori, Amazon Prime Video a beaucoup plus de motifs « politiques » que de raisons financières d’inclure RDI et CBC News dans son offre.

Dans le climat actuel de l’industrie à l’égard des GAFAM, l’entente est du bonbon pour Amazon. Il est probable que le remboursement des coûts liés à l’ajout de ces deux chaînes à l’offre de Prime Video prenne un certain temps. Cependant, je n’ose croire que CBC/Radio-Canada ait pu offrir à Amazon des conditions préférentielles pour un certain temps.

Les membres du comité du Patrimoine pourront-ils faire toute la lumière sur cette situation ? J’en doute, le comité n’osant jamais aller très loin de craindre d’être accusé d’atteinte à l’indépendance du diffuseur public. Quant à Marc Miller, ministre de la Culture et de l’Identité canadienne, responsable de CBC/Radio-Canada devant le Parlement, il a évité de se prononcer, invoquant fort opportunément l’indépendance de Radio-Canada !

Le diffuseur public jouit d’une situation si privilégiée qu’il doit montrer assez de respect envers les citoyens et le Parlement pour ne pas en passer une « p’tite vite »... comme il semble le faire avec cette entente qui s’apparente à « serrer la main du diable ».


© Le Journal de Québec