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Le Canada doit agir maintenant pour soutenir le peuple cubain

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Les Canadiens ont l’habitude de ne réagir aux crises humanitaires que lorsqu’elles deviennent impossibles à ignorer. Au moment où les images d’hôpitaux plongés dans l’obscurité, d’étagères vides et de familles faisant la queue pour se nourrir atteignent nos écrans de télévision, les dégâts sont déjà faits. Cuba approche rapidement d’un tel moment — et le Canada ne devrait pas attendre pour agir.

Dans toute l’île, de longues coupures de courant, des pénuries de médicaments essentiels et une insécurité alimentaire croissante font désormais partie du quotidien. Ces conditions ne résultent pas d’un événement unique, mais d’une accumulation de pressions internes, aggravées par les dernières sanctions sur le carburant, qui s’ajoutent à des décennies de restrictions américaines limitant l’accès de Cuba au carburant, aux devises étrangères, aux systèmes financiers et aux marchés mondiaux. Quelles que soient les opinions sur le gouvernement cubain, ce sont avant tout les citoyens ordinaires qui en subissent les conséquences.

Le Canada a longtemps adopté une approche différente de celle de la coercition ou de l’isolement. Depuis plus d’un demi-siècle, les gouvernements canadiens successifs ont choisi l’engagement plutôt que l’embargo, le dialogue plutôt que la pression politique. Cette approche n’a jamais été spectaculaire, ni promise à des transformations rapides. Mais avec le temps, elle a contribué à ouvrir des espaces pour le commerce, les échanges universitaires, les liens culturels et la coopération dans des domaines comme le développement économique, le tourisme, la santé et la réponse aux catastrophes. Ces changements ont été subtils mais réels : l’engagement a favorisé une plus grande connectivité, une exposition aux normes mondiales et des ouvertures progressives que l’isolement n’a jamais réussi à produire.

L’engagement importe plus que jamais face aux pressions lourdes et coercitives exercées par le gouvernement américain au Venezuela et à Cuba, qui risquent de ne pas atteindre les résultats politiques promis. Au contraire, ces mesures approfondissent les difficultés, distordent les économies locales et fragilisent le tissu social nécessaire à la participation civique et aux réformes.

Dans un monde de plus en plus volatil et polarisé, les puissances moyennes, comme le Canada et le Mexique, ont un rôle à jouer pour contrebalancer les instruments grossiers de la politique des grandes puissances. En priorisant les besoins humanitaires, en défendant le droit international et en maintenant des canaux de coopération, ces pays agissent non pas comme des complices d’un gouvernement, mais comme des amis du peuple cubain. Le Canada joue ce rôle depuis longtemps — qu’il s’agisse d’atténuer les effets de la loi Helms-Burton ou de contribuer à la désescalade lors de la crise des missiles cubains.

Le vote annuel du Canada à l’ONU contre l’embargo américain reflète cette position. Mais les principes doivent se traduire en actions concrètes. Aujourd’hui, une aide humanitaire significative est urgente pour stabiliser l’approvisionnement en électricité, soutenir les services de santé et éviter que l’insécurité alimentaire ne se transforme en famine. Cela peut et doit se faire par l’intermédiaire d’acteurs humanitaires neutres et transparents, axés sur les besoins civils. Le Canada devrait augmenter son aide humanitaire et au développement, soutenue par la générosité canadienne et un fonds de contrepartie du gouvernement fédéral.

Il faut aussi appeler les entreprises canadiennes à assumer leur responsabilité. Scotiabank, SunLife, Sherritt et d’autres devraient intensifier leurs efforts pour maintenir leurs activités à Cuba. Air Canada et WestJet devraient profiter de l’offre ouverte du Mexique permettant aux compagnies aériennes d’utiliser le pays comme escale pour le ravitaillement des vols à destination et en provenance de Cuba. De telles actions apporteraient des devises étrangères vitales et maintiendraient des milliers de Cubains en emploi.

Le blocus américain sur le carburant, bien qu’il puisse sembler anodin, constitue en réalité un acte illégal. Un expert des Nations unies a récemment déclaré que ce décret représentait une violation grave du droit international et une menace sérieuse pour l’ordre international. Même lors de la crise des missiles cubains de 1962, le président Kennedy avait évité d’instaurer un blocus total incluant le carburant, précisément pour ne pas priver la population civile des nécessités vitales.

Le Canada a acquis le respect de la communauté internationale grâce à son engagement constant et fondé sur des principes dans des moments où d’autres ont eu recours à la pression et à l’isolement. En renforçant son aide humanitaire à Cuba maintenant, le Canada peut contribuer à prévenir une crise plus profonde, à consolider un modèle d’engagement qui a produit des changements progressifs mais réels, et à se tenir aux côtés du peuple cubain dans sa période de plus grand besoin.

Les Canadiens ne sont pas réputés pour faire de l’alignement idéologique une condition de leur compassion. Attendre que la souffrance devienne indéniable ne serait pas de la prudence — ce serait une négligence morale. L’heure d’agir, c’est maintenant.

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