Le bonheur quand on ne le cherche pas
Avec la publication du Rapport mondial sur le bonheur, on peut se demander ce que signifie être heureux. Il est bien difficile de donner une réponse objective à cette question. On répondra selon ce qui nous manque ou ce dont on désire ne pas manquer : la santé, un certain confort matériel, des relations sociales de qualité, pouvoir réaliser ses projets de vie ou, surtout en ce moment, vivre dans un monde pacifié.
Il est néanmoins possible de dégager quelques pistes. Par exemple, rechercher le bonheur pour lui-même, comme s’il pouvait exister abstraitement en dehors de la vie réelle, n’a pas de sens. Le philosophe John Stuart Mill ne disait rien d’autre dans son Autobiographie : « Seuls sont heureux ceux qui fixent leur esprit sur autre chose que sur leur propre bonheur […] Visant ainsi autre chose, ils trouvent le bonheur au passage. » Paradoxe du bonheur : pour le trouver, il s’agit de s’oublier un peu. Et le philosophe Alain de renchérir : « Le bonheur est une récompense qui vient à ceux qui ne l’ont pas cherché. »
La pensée de Viktor E. Frankl (1905-1997), médecin psychiatre et survivant des camps de concentration, m’apparaît particulièrement éclairante à ce propos. Ce qui importe, ce n’est pas tant être heureux que la raison de l’être. Un peu comme le rire : on peut bien demander aux gens de rire, mais, s’ils n’ont aucune raison de le faire, le geste demeure artificiel. La vie dans les camps lui a montré que les plus aptes à survivre n’étaient pas les plus forts physiquement, mais ceux qui avaient une raison de vivre. Bien des gens sont « objectivement » heureux, mais il leur manque des motivations subjectives.
Bref, il est impossible selon Frankl de dissocier bonheur et sens de la vie. Celui-ci peut passer par un sens des responsabilités, l’engagement pour d’autres personnes, l’amour, l’accomplissement d’une œuvre et la prise en charge de nos inévitables souffrances.
