Après la loi C-3, un réveil franco-américain
Depuis quelques semaines, je reçois des messages que je n’avais jamais vus arriver en rafale auparavant. Des amis d’enfance du New Hampshire, des cousins éloignés du Massachusetts, d’anciens collègues installés à Boston : tous veulent me parler de la même chose. Pas d’une élection américaine, pas d’un scandale à Washington, mais d’un projet de loi canadien — technique, presque austère — devenu soudain un mot de passe identitaire : la loi C-3, mieux connue sous son surnom populaire, la « loi sur les Canadiens perdus ».
Entrée en vigueur à la mi-décembre 2025, la loi modifie un des nerfs les plus sensibles de la citoyenneté canadienne : sa transmission aux enfants nés à l’étranger. Dans les conversations, le même refrain revient : « Ça y est. C’était la pièce manquante. » Pour certains, c’est un plan B assumé dans un climat politique américain devenu imprévisible. Pour d’autres, c’est plus intime : l’impression que l’histoire familiale — longtemps reléguée à une nostalgie de cuisine, un nom, une paroisse, une expression en français mal conservée — redevient un droit, une porte entrouverte.
Et ce n’est pas une lubie de retraités en quête de racines. Beaucoup de ceux qui s’activent ont 20, 30 ou 40 ans. Je connais personnellement près de deux douzaines de personnes qui ont déjà amorcé les démarches nécessaires, ou qui rassemblent activement actes de naissance, certificats de mariage, preuves de filiation. Plusieurs attendaient ce signal depuis des années.
Ce que change réellement C-3
Pour comprendre l’onde de choc, il faut revenir au fameux « plafond » : la limite de première génération. En clair, les enfants nés à l’étranger de parents canadiens pouvaient être citoyens canadiens, mais ne pouvaient pas transmettre automatiquement leur citoyenneté à leurs propres enfants si eux aussi naissaient à........
