Le bruit des Reines
Elle m’a laissé un petit message tout doux, à déployer à mon oreille, comme un origami de gentillesse gratuite, plié en suivant ce qui aurait pu rester faille, mais qui, avec le geste, l’intention, est plutôt devenu offrande. Elle m’a demandé comment j’allais, si, comme elle, je me sentais toute trouée par le grand monde et son spectacle renouvelé, cette « rejoute » éternelle d’un théâtre ancien, déjà révolu, pourtant encore plaqué sur nos écrans en caricature du pire. Elle m’a confié qu’elle n’allait pas si bien, elle, que le vent de l’actualité lui passait parfois au travers du corps, par la porosité habituelle de son âme d’artiste, ce qui rendait ses jours plus lourds, son espoir plus ténu, son élan plus asséché. Puis, comme pour offrir résistance, elle avait choisi de nous laisser à nous toutes, à ces femmes autour d’elle qu’elle aimait et dont elle portait un bout du cœur par le sien, de ces petits messages origamis. Tels de petits chemins de pierres blanches posées au-devant de nos maisons, ils nous inviteraient à nous sentir ensemble, dans cet étrange esseulement, tandis que, chacune dans nos demeures, nous éprouvons le même effroi devant le téléjournal, chaque jour.
Sa militance par la douceur m’a touchée au fond de l’âme, et je m’en suis sentie inspirée à nouveau, comme si elle avait ouvert le chemin vers une sortie du désarroi ambiant. Ces jours-ci, il me semble que la sidération première commence à laisser place aux rumeurs du prochain soulèvement. On l’entend s’organiser, de sa nouvelle manière, pas encore tout à fait née, mais bien portée, comme des embryons de révolte, des liants souterrains, des mots qui prennent racine entre nous de plus en plus. Si les gestes concrets, matériels, n’ont peut-être pas encore de définition précise, on sent bien que, quelque part sous le visible, quelque chose gronde, quelque chose comme la colère des femmes, amplifiée par........
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