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La zone d’intérêt

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04.02.2025

Non, je ne suis pas malade. Merci d’avoir demandé. Je n’ai pas écrit la semaine dernière, et vous avez été nombreux à vous enquérir de mon état de santé. Il est touchant de ressentir quelque chose de ce lien qui se tisse, au fil des mots et des mois, entre nous, ce lien qui vous fait m’écrire si je m’absente de vos lundis, qui me fait vous répondre « non, je ne suis pas malade, j’ai fait une pause ».

Je ne savais faire autrement, pour tout vous dire.

Parfois, le silence est la seule possibilité qui s’offre à moi pour survivre aux choses. Et des choses, il y en avait trop. De ces choses qui ne se placent pas en une enfilade de mots qui leur donneraient un sens, qui diraient autre chose que « non, ce n’est pas possible ». Les jours suivant le 20, j’ai été littéralement submergée par ce janvier qui n’en finissait plus de virer au noir, après avoir été aussi bleu que ma mélancolie pouvait le lui permettre.

Mais le noir, c’est autre chose, et celui-là était trop profond pour que je puisse y ajouter de mes paroles.

Ces jours-là ont glissé sur moi telles des réminiscences, les idées se formant en moi de manière fragmentaire, morcelée, comme lors des grandes sidérations.

Il n’y avait que réminiscences en moi lorsque, plusieurs fois par jour, en lisant les nouvelles, je prenais ma tête entre mes mains, retenant faussement de ces larmes qui ne viendraient pas de toute façon, refusant elles aussi d’y croire.

Il n’y avait que réminiscences en moi lorsque mon cœur se fracassait sur chacun des décrets, devant les images contemporaines qui se mêlaient à celles du passé, les images de milliers de gens dont les existences seraient définitivement déviées, brimées, annihilées, par celui qui venait de s’installer au rebord du monde pour y cracher de son mépris, de sa........

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