La pierre au fond de la mer
Il y a un peu plus d’un siècle, dans l’archipel de Yap, en Micronésie, une famille comptait parmi les plus riches de son île sans n’avoir jamais vu sa fortune. Sa monnaie était un rai : un disque de calcaire de plusieurs tonnes, taillé à des centaines de kilomètres de là, sur Palau, comme ceux qui servaient de monnaie dans l’archipel depuis des siècles. Celui-là avait coulé pendant la traversée, par gros temps. L’équipage avait raconté le naufrage, le village avait écouté, puis tout le monde avait convenu d’une chose remarquable : la pierre existait, elle avait un propriétaire, et elle pouvait continuer de changer de mains. Ce qu’elle fit, pendant des générations, depuis le fond de l’océan.
On a longtemps rangé cette histoire parmi les curiosités. C’est l’inverse : peu de sociétés ont vu aussi clair quant à la nature de la monnaie. Les gens de Yap ne déplaçaient pas leurs pierres, même celles qui n’avaient pas coulé ; quatre tonnes ne se glissent pas dans une poche. Quand une pierre changeait de propriétaire, rien ne........
