La fabrique de la peur
Tu me demandes comment je vais en ce début d’année ? Je te résume ça fastoche : j’ai peur. Peur depuis Renée Nicole Good, cette Américaine assassinée de plein droit. « Never let them see you sweat », me répétait un ancien boss qui fumait ses Camel sans filtre et buvait son scotch avec une dégaine de cowboy. Un journaliste d’antan et un renégat comme je les aime. Il est mort jeune, d’ailleurs. Il avait raison, remarque : ne jamais plier l’échine. C’est la règle. Même pas peur. Tu le vois, mon doigt le plus musical ?
Mais je crois que nous avons dépassé ce stade, à moins d’affectionner un déni profond agrémenté d’une tisane à l’ortie ou d’avoir défroqué des réseaux sociaux. Dans cette auge, tu peux prendre le pouls de la sauvagerie, sous avatars de ti-counes ou non, de la haine qui nous habite comme espèce dite intelligente. Petite note vers là-haut : je peux me réincarner en IA ou en cumulus, le prochain coup ? Merci.
Ça fait peur, ces « rage baits » perpétuels qui excitent les gonades et les surrénales. Je n’ai pas eu peur souvent dans ma vie. Pas peur du cancer, je l’ai eu trois fois. Pas peur de mourir non plus ; j’entretiens même le fantasme très chrétien et à feu doux que ce soit une délivrance, tu sais ? Je m’y prépare en souriant avec béatitude, en relisant du Thich Nhat Hanh. Vu qu’il est mort, il doit savoir de quoi il parle.
« Il ne reste aucun espace sur cette planète pour un autre anéantissement »
J’ai surtout peur des molosses, du vent qui rend fou et de la meute qui mouline dans l’odeur de l’anéantissement et de la soumission. Et j’ai peur d’avoir parachuté mon B sur cette planète déréglée. Je le regrette a-mère-ment pour lui ; j’ai compris trop tard la règle du jeu Risk.
Imagine ! Les mères se font « gunner » dans la rue après avoir souri à monsieur ICE. Certains prétendent que Good a omis d’avoir peur, que c’est ce que le patriarcat attendait d’elle. Si tu le défies, il te flingue. « Never let them see you sweat. » Pow pow, t’es morte.
Pour paraphraser Margaret Atwood, les hommes ont peur que les femmes rient d’eux. Les femmes ont peur que les hommes les tuent.
On dit souvent qu’il n’y a pas de courage sans peur, sinon c’est de l’inconscience. On n’a qu’à regarder les Iraniennes se dévoiler en ce moment. Et ces 3428 manifestants iraniens tués, selon Iran Human Rights. La peur, c’est une émotion sourde, une boule au ventre instinctive et irrationnelle, fight, flight ou freeze, un point d’exclamation que j’ai vu décliné par plusieurs figures populaires très........
