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Idées | Paris n’est plus un tête-à-tête

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22.05.2026

Pendant longtemps, le Québec a bénéficié à Paris d’un privilège rare : celui d’exister presque par lui-même. La France parlait au Canada, bien sûr. Mais elle parlait aussi au Québec autrement, avec cette familiarité politique, culturelle et affective que ni les ambassades ni les communiqués communs ne suffisent à fabriquer.

Cette situation n’a pas disparu. Mais elle change.

La réception accordée à Christine Fréchette à l’Élysée ne doit donc pas être lue seulement comme une victoire protocolaire pour Québec. Elle en est une, évidemment. Une première ministre à peine installée, politiquement fragile, reçue aussi rapidement par Emmanuel Macron : en diplomatie française, ce genre de geste n’est jamais banal.

Mais l’essentiel est ailleurs. La vraie question n’est pas de savoir si la France aime encore le Québec. La réponse, bien sûr, est oui. Elle est plutôt de savoir si le Québec peut encore exercer à Paris une influence propre au moment même où Ottawa redécouvre, lui aussi, l’importance stratégique de la France et de l’Europe.

Pendant des décennies, Ottawa a souvent regardé la présence internationale du Québec avec irritation, méfiance ou condescendance. Lorsqu’un premier ministre québécois était reçu à Paris, lorsqu’un ministre québécois obtenait des accès ou lorsque la Délégation générale entretenait ses réseaux, une partie de l’appareil fédéral y voyait moins un atout canadien qu’une anomalie constitutionnelle.

Stéphane Dion a incarné cette logique avec un zèle particulier. Son fédéralisme relevait moins de l’invitation que de la discipline : ramener l’action internationale du Québec à une tolérance administrative, toujours subordonnée à Ottawa. Cette tentative de neutralisation a échoué, parce qu’elle se heurtait à une réalité trop profonde : le Québec existait déjà dans le monde. Et surtout à Paris.

Mark Carney semble avoir compris ce que cette vieille méthode ne pouvait pas produire. Ottawa ne cherche plus nécessairement à empêcher le Québec d’exister à........

© Le Devoir