France–Québec, retour sur l’héritage stratégique de Lionel Jospin
La disparition de l’ancien premier ministre français Lionel Jospin, décédé dimanche à l’âge de 88 ans, marque la fin d’une certaine idée de la relation entre la France et le Québec — une relation moins spectaculaire que celle incarnée par le général Charles de Gaulle, mais peut-être, à bien des égards, plus décisive dans ses effets.
La relation franco-québécoise n’a jamais été uniquement symbolique. De Gaulle en avait posé les fondements politiques et l’impulsion, en consacrant le principe d’une relation « directe et privilégiée », et François Mitterrand en avait assuré la continuité, en maintenant un équilibre subtil entre reconnaissance de la spécificité québécoise et respect du cadre canadien. Mais c’est avec Lionel Jospin, et son ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, que cette relation a été pleinement pensée et inscrite dans une logique stratégique cohérente.
À rebours d’une tradition française parfois tentée par le geste, Jospin et Védrine ont donné à ce lien une portée nouvelle. Le Québec n’y était plus seulement un espace d’affinité culturelle ou de projection identitaire, mais un acteur politique à part entière, inscrit dans des réseaux, des institutions et des équilibres d’influence.
J’ai eu l’occasion de rencontrer Lionel Jospin en 2017, à l’Élysée, lors de la cérémonie au cours de laquelle le président François Hollande élevait Louise Beaudoin à la dignité de grande officière de la Légion d’honneur. J’y........
