Le ciel du Mordor
Mardi, le ciel était mat à cause des feux de forêt devenus partie intégrante de nos étés. Il était d’un gris terne tirant sur le brun. Les instants où on pouvait voir le soleil se pointer, comme étouffé dans une nuée de pollution le peignant d’une lueur rougeâtre, me remplissaient d’un malaise intense qu’aujourd’hui on appelle l’« anxiété ». En fait, il s’agit d’un nom scientifique et neutre pour désigner la peur. Autour de moi, on en parle parfois : la peur de la fin du monde — celle qui a été rebaptisée « écoanxiété ». Sur les réseaux sociaux, on peut lire des commentaires méprisants venant des « climatosceptiques » à l’égard des « écoanxieux » dont je suis.
Comme toujours dans ces moments où l’espoir faiblit, où je me trouve dans l’ombre des avatars de l’insouciance humaine, j’ai pensé à mon petit-fils. Et si, bientôt, venait une époque où le bleu du ciel serait à jamais caché ? On en parlerait aux enfants comme on raconte un conte de fées, évoquant les jours heureux où le........
