Travail le 1er-Mai : la gauche pas dupe sur les intentions des macronistes et du patronat
Renaissance reprend à l’Assemblée une proposition de loi LR pour obliger 1,5 million de salariés à travailler pendant la Journée internationale des travailleurs, seul jour férié chômé et rémunéré. La gauche s’indigne, tandis que le gouvernement promet un décret d’application immédiat.
Depuis 2017, la Macronie a fait de la maltraitance des travailleurs et du Code du travail l’une de ses spécialités. Ordonnances travail facilitant les licenciements économiques, réforme de l’assurance-chômage durcissant l’ouverture des droits, réforme des retraites repoussant l’âge de départ… La liste peut s’étendre à l’infini.
Ce vendredi 10 avril, en reprenant à l’Assemblée une proposition de loi LR votée par le Sénat en juillet, le camp gouvernemental entend ajouter un dossier sur cette si grande pile en obligeant 1,5 million de salariés à travailler le 1er-Mai, seul jour obligatoirement chômé et rémunéré.
Directement visés : les commerces de proximité, mais aussi les établissements culturels. Un comble, sachant que c’est depuis la France qu’a été impulsée, en 1889, une coordination syndicale internationale qui a finalement permis que ce jour soit aujourd’hui férié dans 163 pays du monde.
Une loi pour favoriser les grandes enseignes
Dans une vidéo guignolesque publiée sur les réseaux sociaux où Gabriel Attal se met en scène dans une boulangerie en achetant « deux traditions pas trop cuites », le secrétaire général du parti s’offusque : « Vous saviez que les boulangers et les fleuristes n’avaient pas le droit d’ouvrir le 1er-Mai ? Et pourtant, ils demandent à pouvoir travailler ! »
« On nous parle du petit boulanger du coin et du fleuriste, mais ils peuvent déjà ouvrir le 1er-Mai. En réalité, cette loi est faite pour profiter aux grandes enseignes : Interflora, Carrefour, la Fnac, Marie Blachère », décrypte Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, défaisant le discours de la Macronie.
Et de poursuivre : « Ils disent que ce sera payé double. Mais le 1er-Mai, on est déjà payé sans venir au travail. La vérité, c’est qu’ils veulent nous voler un jour de congé pour faire augmenter leurs profits. Rappelez-vous du travail soi-disant « exceptionnel » le dimanche. Dans le secteur du commerce, c’est devenu la norme, et ce n’est même plus majoré. »
Travailler le 1er mai : 1,5 million de salariés concernés par le texte examiné par l’Assemblée nationale le 10 avril
Interrogé dans l’Hémicycle mardi par Jérôme Nury, député LR, sur ce texte « de bon sens pour la France qui travaille », Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, ex-PDG de la SNCF, a fait savoir que « si la loi est adoptée, le gouvernement fera le nécessaire pour que le décret d’application soit pris à temps pour que la loi entre en vigueur le prochain 1er-Mai », dans moins d’un mois donc. « Cette proposition de loi vise simplement à sécuriser le cadre juridique existant pour permettre de travailler sur la base du volontariat », a-t-il encore précisé. Invité de CNews la même journée, celui-ci a osé espérer que ce texte fasse du 1er-Mai une « fête de la concorde et de la réconciliation ».
La CGT en défense du Code du travail
« Chaque année, la même rengaine : les travailleurs empêcheraient la France de tourner à cause du seul jour férié et chômé de l’année, se désole Pierre Ouzoulias, vice-président communiste du Sénat. Si les patrons veulent bosser, qu’ils y aillent, rien ne les en empêche ! Mais qu’ils laissent aux travailleurs ce jour qui leur appartient. »
« On nous dit que les artisans sont demandeurs. Pas du tout ! s’indigne Hadrien Clouet, député LFI de Haute-Garonne. Le 1er-Mai, c’est justement le jour où l’artisan qui n’a pas de salariés peut ouvrir sans être mis en concurrence avec la grande boulangerie industrielle d’à côté. Ce qu’ils veulent faire, en réalité, c’est donner un privilège au plus gros acteur économique par rapport au plus petit. » « Les macronistes ont baissé les droits à la formation, supprimé les critères de pénibilité… Supprimer le 1er-Mai, c’est une sorte de bouquet final pour eux », tacle Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes.
Travailler le 1er-Mai : ne vous faites pas avoir par les intox patronales !
Face à ces arguments, les macronistes, comme la députée Prisca Thévenot, proche de Gabriel Attal, brandissent la notion de « volontariat » des travailleurs comme garantie pour éviter les dérives. En réponse, Sophie Binet leur rappelle des notions élémentaires que la droite fait mine d’occulter pour mieux duper son monde : « Rappelons que c’est le patron qui fixe le salaire, les horaires, définit le contenu du travail et peut licencier… Le « volontariat » face à son patron est donc toujours très relatif. C’est pour cela que le Code du travail a été créé. Si le volontariat suffisait, il n’y aurait pas besoin d’interdiction du travail dangereux ou de nuit pour certains salariés, d’interdiction du travail pour les enfants ou les femmes enceintes… ». Ce même Code du travail que le gouvernement s’échine à broyer pied à pied.
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