D’objet de terreur à source de chaleur, la seconde vie du grisou dans le Nord-Pas-de-Calais
Toujours disponible en sous-sol, le gaz de mine, plus connu sous le nom de « grisou », est aujourd’hui exploité pour alimenter des réseaux de chaleur. Son potentiel n’est pas infini, mais il est intéressant.
Le Nord-Pas-de-Calais, sa grisaille, ses briques rouges et ses terrils, du nom de ces collines brunes formées par une accumulation de résidus miniers. Classés au patrimoine mondial de l’Unesco, ils demeurent la principale trace tangible de l’histoire du territoire, s’étirant sur 120 kilomètres de long entre la région valenciennoise (Nord) et celle de Béthune (Pas-de-Calais). Mais si l’exploitation minière est interrompue depuis la fin de l’année 1990, sous la terre sommeille une ressource qui fut longtemps le cauchemar des mineurs : le grisou.
Hautement inflammable, ce gaz a provoqué nombre d'explosions (les fameux « coups de grisou ») et provoqué la mort de milliers de « gueules noires ». Mais aujourd’hui, pour certaines communes, ce gaz honni est regardé différemment. Depuis le 1er janvier 2021, la ville de Béthune utilise...
Le Nord-Pas-de-Calais, sa grisaille, ses briques rouges et ses terrils, du nom de ces collines brunes formées par une accumulation de résidus miniers. Classés au patrimoine mondial de l’Unesco, ils demeurent la principale trace tangible de l’histoire du bassin minier, s’étirant sur 120 kilomètres de long entre la région valenciennoise (Nord) et celle de Béthune (Pas-de-Calais). Mais si l’exploitation minière est interrompue depuis la fin de l’année 1990, sous la terre sommeille une ressource qui fut longtemps le cauchemar des mineurs : le grisou.
Hautement inflammable, ce gaz a provoqué nombre d’explosions (les fameux « coups de grisou ») et provoqué la mort de milliers de « gueules noires ». Mais aujourd’hui, pour certaines communes, ce gaz honni est regardé différemment. Depuis le 1er janvier 2021, la ville de Béthune utilise cette ressource à des fins énergétiques en l’injectant dans son réseau de chaleur.
Une initiative qui s’apprête à faire florès : le 8 janvier, l’Etat a donné son feu vert à la Française de l’Energie, concessionnaire exclusif du gaz de mine dans le Nord-Pas-de-Calais. Elle exploitera 18 sites supplémentaires de captage, contre quatre jusque-là (Avion, Lens, Lourches et Divion, ce dernier alimentant Béthune).
« Il y a près de neuf milliards de mètres cubes sous nos pieds, soit la capacité de chauffer une agglomération comme celle de Lens (200 000 habitants) pendant soixante ans, affirme Yann Fouant, ancien directeur de projet et désormais responsable des relations publiques et des nouveaux marchés à la Française de l’Energie. A la fermeture des mines, on avait réussi à valoriser ce gaz en électricité, mais jamais en énergie thermique. L’expérience de Béthune a insufflé une dynamique ».
« Il y a près de neuf milliards de mètres cubes sous nos pieds, soit la capacité de chauffer une agglomération comme celle de Lens (200 000 habitants) pendant soixante ans, affirme Yann Fouant, ancien directeur de projet et désormais responsable des relations publiques et des nouveaux marchés à la Française de l’Energie. A la fermeture des mines, on avait réussi à valoriser ce gaz en électricité, mais jamais en énergie thermique. L’expérience de Béthune a insufflé une dynamique ».
En 2017, la ville de Béthune cherche à repenser son réseau de chaleur. Le fournisseur, Dalkia, propose alors une valorisation du gaz de mine, et remporte le marché. Un chantier de transformation important démarre : 31 kilomètres de canalisations sont installés, pour un coût de 32 millions d’euros. 1 500 logements collectifs, regroupés dans 50 bâtiments, sont aujourd’hui raccordés à un réseau alimenté par un mix énergétique composé à 45 % de gaz de mine.
Intérêt écologique et économique
« Utiliser cette ressource locale et disponible a plusieurs avantages. D’abord environnemental, car le grisou, qui continue de s’échapper dans l’atmosphère, est 80 fois plus polluant que le CO2, qui est le gaz issu de sa combustion », explique Pierre-Emmanuel Gibson, premier adjoint à la ville de Béthune et chargé de la transition énergétique.
Quand les maires changent la ville
« Il y a aussi un intérêt économique, poursuit l’élu, car son faible coût de production allège en moyenne de 300 euros la facture annuelle de chauffage des abonnés. Pour la mairie, les économies pour les bâtiments raccordés se chiffrent entre 500 et 600 000 euros par an », poursuit-il.
« Il y a aussi un intérêt économique, poursuit l’élu, car son faible coût de production allège en moyenne de 300 euros la facture annuelle de chauffage des abonnés. Pour la mairie, les économies pour les bâtiments raccordés se chiffrent entre 500 et 600 000 euros par an », poursuit-il.
Ce système fait également office de bouclier contre les augmentations intempestives des prix de l’énergie, comme ce fut le cas au début de la guerre en Ukraine, avec un prix fixe décorrélé des aléas géopolitiques.
Ailleurs, un potentiel plus limité
« Pendant une centaine d’années, ce gaz a continué de s’échapper, et c’est une excellente perspective de le récupérer, d’autant que cette récupération ne nécessite pas de forage et ne perturbe pas le sol », salue le géographe Antoine Fontaine, auteur d’un article de recherche sur le sujet. Mais l’expert invite à relativiser ce qui est souvent présenté comme « une revanche sur l’histoire ».
« Cette manne souterraine est en quelque sorte un bien public, puisque les galeries et les puits appartiennent à l’Etat. Mais elle a été captée par une entreprise privée qui a réussi à acheter des concessions. De fait, cette manne a échappé au territoire, alors que d’autres trajectoires étaient sans doute possibles », poursuit-il.
« Cette manne souterraine est en quelque sorte un bien public, puisque les galeries et les puits appartiennent à l’Etat. Mais elle a été captée par une entreprise privée qui a réussi à acheter des concessions. De fait, cette manne a échappé au territoire, alors que d’autres trajectoires étaient sans doute possibles », poursuit-il.
Malgré cette limite, l’enthousiasme pour le grisou reste important dans le Nord-Pas-de-Calais, où les projets se multiplient. Ailleurs en France, aucun ancien bassin minier n’est aussi avancé. Les mines de Lorraine ont théoriquement du potentiel, mais un projet d’exploitation a été interrompu par une décision du Conseil d’Etat.
L’institution a en effet annulé une concession, dite « Bleue Lorraine », qui avait été accordée à la Française de l’Énergie pour exploiter du gaz contenu dans le sous-sol mosellan. Outre ce dossier, toujours en cours, l’entreprise avance aussi, dans la même région, sur un projet d’exploitation d’hydrogène naturel dissous.
Dans les autres bassins, comme celui de Saint-Etienne, il n’y a plus de grisou dans des galeries qui ont été en partie remblayées ou noyées. Des projets pilotes cherchent à tester le potentiel géothermique de l’eau envoyée dans ces conduits, sans résultat majeur à ce stade.
