Évaluation de l’Aide publique au développement de la France
Le ministre des Affaires étrangères Jean-Michel Barrot a lancé une mission d’évaluation concernant l’Aide publique au développement de la France le 8 février 2025. Dans les temps incertains où les crédits de l’Aide baissent d’une manière drastique, aux États-Unis, en Europe et singulièrement en France, cette initiative va dans le bon sens car il n’est pas inutile de faire le point sur cette politique de solidarité internationale. Avant que la commission chargée de cette évaluation ne rende ses travaux, il est possible de dresser quelques constats concernant cette politique française d’Aide publique au développement à partir des différents objets qui la composent[1].
Le cœur de cette politique est symbolisé par la mission d’Aide publique au développement. Elle rassemble les crédits budgétaires de l’État qui sont directement affectés à cette politique. Deux remarques à ce sujet. Le montant global de cette mission d’APD représente moins de 30 % de l’Aide totale déclarée (13 Mds€ en 2024). C’est très peu. Cela veut dire que l’activité opérationnelle de l’APD française, transférée directement aux pays en développement, bénéficie de crédits très limités. La deuxième remarque tient au fait que c’est justement cette partie active de l’Aide qui fait l’objet de coupes budgétaires intenses en passant de 5,7 Mds€ à 3,6 Mds € de 2023 à 2026[2]. Ces coupes drastiques amenuisent encore un peu plus l’impact opérationnel de l’Aide française sur le terrain. Même si les ambitions affichées apparaissent parfois comme très ambitieuses, comme le faisait malicieusement remarquer la revue par les pairs de l’APD française en 2018 au Comité d’Aide au Développement de l’OCDE, la capacité d’intervention de l’Aide française demeure très limitée. À titre d’exemple, l’Aide projet bilatérale, mise en œuvre par l’intermédiaire du groupe Agence française de développement (AFD), représente moins d’un milliard d’euros par an, soit 7 % de l’Aide affichée par la France. Lorsque les autorités françaises mettent en avant l’impact des projets financés par l’Aide française dans les secteurs de la santé et de l’éducation, il convient d’être conscient qu’en volume, ce type d’intervention demeure très marginale et ce d’autant plus que les enveloppes en dons sont fortement rognées. Cette faiblesse en don de l’Aide française est directement préjudiciable aux pays pauvres qui ne constituent plus, faute de moyens, le cœur de cible de l’Aide française. Troisièmement, même au cœur de la mission d’Aide publique au développement pourtant très réduite (3,6 Mds €), une partie de ce montant est fictive. Les prêts qui peuvent donner lieu à une déclaration d’Aide (prêts concessionnels incorporant de la subvention publique) se composent pour partie de prêts à condition de marché n’intégrant aucun effort budgétaire de la part de l’État. Cela veut dire qu’une partie des 3,6 Mds€ d’Aide affichée par la France est fictive (sans effort budgétaire réel). De plus, ces moins de 3,6 Mds € d’efforts budgétaires ne servent pas uniquement à financer des transferts financiers bilatéraux vers les pays bénéficiaires mais également des transferts vers des organisations........
