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Après la liquidation d’Ynsect, l’élevage d’insectes a-t -il un avenir en Europe ?

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04.02.2026

Le 2 décembre 2025, le tribunal de commerce d’Évry, dans l’Essonne, a prononcé la liquidation judiciaire d’Ynsect. Après avoir levé plus de 600 millions d’euros, cette ancienne pépite de la French Tech laisse derrière elle une méga-usine vide et 350 salariés licenciés en deux ans. Au-delà du cas particulier, cet échec interroge la viabilité même du secteur de l’élevage d’insectes en Europe et l’aveuglement de certaines visions de l’innovation.

Trois ministres à l’inauguration de son site à Poulainville (Somme), Robert Downey Jr en ambassadeur médiatique, une méga-usine de 45 000 mètres carrés présentée comme la plus grande ferme verticale d’insectes au monde. En 2021, Ynsect incarnait le futur radieux de l’alimentation durable à la française. Quatre ans plus tard, l’entreprise n’est plus qu’un cas d’école de ce que la recherche académique documente depuis un moment : les promesses économiques et environnementales de l’élevage d’insectes se heurtent à des réalités structurelles bien plus complexes que les discours enthousiastes ne le laissaient supposer.

À l’échelle mondiale, le secteur de l’élevage d’insectes a attiré environ 2 milliards de dollars (environ 1,7 milliard d’euros) d’investissements au cours de la dernière décennie. Pourtant, la liste d’entreprises en difficulté s’allonge : Agronutris en France (100 millions d’euros levés), Enorm Biofactory au Danemark, ancien leader scandinave du secteur (55 millions d’euros), Aspire Food Group au Canada (42 millions de dollars US, soit 35,5 millions d’euros), Inseco en Afrique du Sud, Beta Hatch aux États-Unis… toutes ont connu des difficultés financières majeures, voire fait faillite, en 2025. Ce phénomène suggère que les difficultés ne relèvent pas de cas isolés, mais d’obstacles structurels propres au secteur.

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L’un des arguments majeurs avancés pour justifier les investissements dans l’élevage d’insectes reposait sur leur capacité à valoriser les déchets alimentaires. Une promesse d’économie circulaire séduisante sur le papier, mais qui s’est révélée largement illusoire en pratique.

Les réglementations sanitaires européennes interdisent l’utilisation de nombreux déchets comme substrat pour les insectes destinés à l’alimentation animale ou humaine. Le règlement (UE) 2017/893 prohibe notamment les déchets de restauration et de cuisine........

© The Conversation