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En Irlande du Nord, les «murs de la paix» séparent toujours les deux communautés de Belfast

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15.02.2026

En Irlande du Nord, les «murs de la paix» séparent toujours les deux communautés de Belfast

Nicolas Méra – Édité par Émile Vaizand – 15 février 2026 à 9h00

Près de trois décennies après la fin du conflit fratricide qui a ensanglanté l'Irlande du Nord entre 1969 et 1998, les murs qui scindent les quartiers catholiques et protestants de la capitale nord-irlandaise sont toujours debout.

Temps de lecture: 5 minutes

Août 1969. Un groupe de miliciens de Shankill, quartier protestant, a hissé un drapeau britannique sur un lampadaire. De l'autre côté de la rue, les résidents de Falls Road, à majorité catholique, assemblent des barricades faites de vieux pneus et de pavés arrachés à la rue. Même les murs se font la guerre: «God save our queen» («que Dieu protège notre reine»), tracé à la hâte sur un mur loyaliste, répond au républicain «this is free Belfast» («Ici c'est Belfast libre»), sur une façade qui délimite la frontière entre les deux camps.

Les nuits suivantes sont déchirées par les jets de pierres et de cocktails Molotov. Depuis leurs fenêtres, des résidents apeurés observent des halos de lumière trouer la nuit: près de 600 maisons sont incendiées en trois jours. D'autres sont réveillés par un martèlement de métal qui signale l'imminence d'une attaque: les femmes du quartier donnent l'alerte en frappant le couvercle de leurs poubelles. «Qualifier ce qui s'est passé d'émeutes, comme l'ont fait la presse et la radio, est un euphémisme absurde. C'était la guerre», observe l'historien anglais Desmond Greaves, présent sur place lors des premiers affrontements.

Appelée en renfort le 15 août 1969, l'armée britannique dresse des barricades pour séparer les factions rivales et empêcher les quartiers les plus sensibles de sombrer dans le chaos. Les «murs de la paix» (peace walls en anglais), comme on les baptise alors, étaient censés rester debout six mois, le temps que les tensions s'apaisent; cinquante-cinq ans plus tard, ils sont toujours là.

Trente kilomètres de murs

À Belfast, la première peace line («ligne de la paix») de la capitale nord-irlandaise consiste en une simple ligne de barbelés de 900 mètres, tendue le 10 septembre 1969 entre Shankill, bastion protestant et unioniste, et Falls Road, d'allégeance........

© Slate