Mme Martinez Ferrada, pourquoi ne protégez-vous pas vos employés?
EXPERT INVITÉ. Est-ce qu’un des rôles des patrons est de lancer ses employés sous le bus ou bien de les défendre? Il est plus simple de répondre à cette question si nous parlons d’un des principaux rôles des syndicats, soit celui de représenter tous les employés syndiqués, sans exception, de son unité d’accréditation.
Alors que nous serions portés à croire que le rôle de l’employeur est de protéger ses employés, la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, nous fait douter.
Des consignes claires
Depuis la pandémie de COVID-19, vous et moi avons changé. Le monde a changé. Nos comportements, nos réactions, ainsi que notre niveau de patience et de tolérance ont changé. Nous sommes beaucoup plus impatients, intolérants, agressifs, à fleur de peau, et prompts à répliquer grossièrement ou violemment. Pour preuve, le merveilleux monde du travail a pris l’habitude de nous rappeler de nous calmer et d’être respectueux avec les travailleurs.
Que vous vous présentiez à l’urgence, dans une clinique médicale ou chez le dentiste, on vous demandera d’être poli avec le personnel sous peine de vous voir refuser les soins et de vous faire expulser. Idem lorsque vous appeler Revenu-Québec, la SAAQ, ou le bureau municipal de votre arrondissement ou ville. Les mêmes affiches se retrouvent dans les arénas, et dans différentes stations de métro. Ainsi, des affiches telles que Respect au travail et Tolérance zéro meublent nos environnements de travail depuis quelques années.
Je ne dis pas que tous les employeurs prennent cette consigne au sérieux, mais au moins, la grande majorité d’entre eux ne tolèrent plus l’intolérable et nous le rappellent clairement.
Mais nous ne pouvons pas en dire autant pour les employés de la ville de Montréal. À vrai dire, cette consigne ne semble pas s’appliquer pour les policiers montréalais, et ce n’est pas moi qui le dis, mais bien la mairesse Martinez Ferrada qui le confirme.
Vous et moi avons été témoin la semaine dernière de l’altercation entre une policière montréalaise et le très érudit Mohamed Bekkali. Au-delà de cette scène misogyne et raciste, nous avons aussi appris que nous pouvions insulter, sans gêne et sans honte, une figure d’autorité sans être punis. Impensable et irréalisable à Longueuil, Brossard, Terrebonne, Laval, ainsi que dans certaines villes non fusionnées de l’ouest de l’île de Montréal.
Mais c’est tout le contraire pour les 19 arrondissements formant Montréal. On peut insulter et humilier les policiers uniquement pour prouver son point et surtout pour montrer aux « suiveux » des réseaux sociaux à quel point nous n’avons pas de classe…
Pas encore assez grave
La nouvelle vedette éphémère d’internet se nomme Mohamed Bekkali, et il est un multirécidiviste notoire bien connu des policiers. Depuis la diffusion de cette vidéo dégradante, plusieurs policiers et policières de Montréal nous rappellent que ces insultes et ces situations violentes font partie de leur travail depuis toujours. À l’heure actuelle, il n’existe aucun règlement à Montréal interdisant à un citoyen d’insulter un policier ou une policière dans l’exercice de ses fonctions, ce que regrette le directeur du SPVM, Fady Dagher.
Ainsi, l’employeur est au fait de ces situations depuis longtemps, et même s’il a l’obligation d’intervenir et de changer la situation, rien n’est fait pour protéger les employés.
Pendant que tout le Québec n’en revient pas encore, Soraya Martinez Ferrada juge qu’il est trop tôt pour déterminer si Montréal a besoin d’un règlement pour empêcher les insultes contre les policiers.
Qu’est-ce que ça prenait de plus sur la vidéo pour réaliser qu’il n’est pas trop tôt, mais probablement trop tard?
Pour sa défense, pour justifier son inaction passée, et pour ne pas perdre la face, elle a mentionné lors d’une mêlée de presse avec des journalistes la semaine dernière qu’elle allait « s’assurer que la police a les moyens de faire son travail, que les citoyens se sentent respectés aussi, mais que les citoyens respectent la police ».
Dans combien d’années un projet pilote pour se conformer à la loi, Mme Martinez Ferrada?
Vous venez de rater une belle occasion de remplir vos obligations, alors que tout le monde avait les yeux rivés sur vous! Une belle occasion ratée pour démontrer que vous étiez derrière vos employés.
Le plus sérieusement du monde, la mairesse juge que Montréal n’a jamais eu besoin d’un tel règlement et il est «trop tôt pour dire si cela est nécessaire». Cette dernière «pense qu’on est dans une police qui a une façon de travailler différente, avec ses comités de vigie, ses intervenants policiers qui sont presque des intervenants sociaux sur le terrain».
Cette déconnexion totale de la mairesse et cette association faisant référence à des groupes communautaires nous aident encore mieux à comprendre son appréciation du rôle des intervenants sociaux et des groupes communautaires.
Ne nous surprenons pas s’ils sont dans la rue en train de se plaindre de leur sous-financement!
Mme Martinez Ferrada, vous improvisez quand vos employez demandent de l’aide!
