Impact de l’IA au travail : les travers des sondages
Aux États-Unis, quatre ans après le lancement public de ChatGPT, environ 3 % des travailleurs interrogés déclarent avoir perdu un emploi à cause de l’intelligence artificielle ; 6 % disent avoir obtenu un nouvel emploi qui n’existait pas avant l’IA (poste d’étiqueteur de données, de spécialiste de la conformité IA, d’entraîneur de modèles…) ; 9 % considèrent avoir été promus ou avoir bénéficié d’une progression de carrière grâce à leurs compétences en IA.
Enfin, neuf travailleurs américains sur dix ne perçoivent aucun changement significatif à attribuer à l’intelligence artificielle. Pour les pessimistes de l’IA (à commencer par l’auteur de l’étude, Jeffrey Dixon, du College of the Holy Cross, dans le Massachusetts), c’est peu. Et même pire que peu : un sondage individuel ne peut pas, par construction, recenser les postes perdus ou gagnés par l’IA. Alors, que mesure-t-il et ne mesure-t-il pas ?
Une dynamique qui dépasse le candidat
C. Wright Mills, sociologue américain de l’après-guerre, posait la distinction fondatrice de toute analyse sociale sérieuse : d’un côté, les « personal troubles », c’est-à-dire les difficultés vécues par un individu dans son cadre biographique et institutionnel propre (perte d’un emploi, divorce, difficultés scolaires d’un enfant, dette de logement…) ; de l’autre, les « public issues », les enjeux structurels qui traversent une société entière et produisent les configurations dans lesquelles s’inscrivent les « personal troubles » (dynamiques du marché du travail, transformations des institutions familiales, mutations du système éducatif, cycles économiques…).
La tâche centrale de la sociologie,........
