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Géographie des nuits de Luc Giard

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15.03.2026

Peintre, sculpteur et bédéiste, Luc Giard vivait au milieu d’une citadelle faite d’étagères, de livres d’art et de bandes dessinées entremêlés. Des piles de volumes montaient jusqu’au plafond, colonnes fragiles du monde intérieur dont il ne cessait de nourrir l’imaginaire. Dans l’antre de son ultime refuge, il tentait de résister aux assauts répétés de la maladie qui le conduisait en dialyse chaque semaine.

Il y a quelques semaines, j’avais passé un après-midi chez lui, assis à sa table. Nous avions parlé longtemps. De tout. De rien. Beaucoup d’art. Un peu de littérature. Il connaissait tout. Il dépensait des fortunes en livres. C’était un collectionneur compulsif, un dévoreur d’imprimés qui avait passé une grande partie de sa vie à arpenter les librairies de Montréal. Parmi ses obsessions, pêle-mêle, aussi bien Asger Jorn et Giacometti que Victor-Lévy Beaulieu et Edgar Allan Poe, en passant par Hiroshige et Hergé. Sur sa table, la dernière fois que je l’ai vu, il y avait Les frères Karamazov.

Giard travaillait la nuit, toutes les nuits, sans arrêt. Il peignait, dessinait. Son espace de travail ne désemplissait jamais.

La maladie avait restreint le champ des possibles, mais Giard lui opposait une énergie créatrice presque délirante. Plusieurs bédéistes québécois, dont Rabagliati, affirment lui devoir énormément. Benoît Peeters, le grand spécialiste de la bande dessinée, avait trois dessins de Giard au mur de son bureau.

Au sujet de Luc Giard, tout me revient dans un désordre inouï. Sa tête était elle-même, il faut dire, assez........

© Le Devoir