Quand le patrimoine n’a plus de place
On parle souvent de l’importance de préserver notre patrimoine. Dans le discours public, il est question de mémoire collective, d’identité régionale et de transmission aux générations futures. Le patrimoine serait l’un des fondements de notre société.
Cependant, lorsque vient le temps de soutenir concrètement les initiatives qui cherchent à documenter, préserver ou mettre en valeur ce patrimoine, le discours semble soudainement perdre de sa superbe.
Sur le terrain, les projets patrimoniaux se heurtent à un obstacle bien réel : l’accès au financement. Dans plusieurs programmes, les projets liés au patrimoine doivent rivaliser avec un grand nombre de projets culturels au sein d’une même enveloppe budgétaire. Résultat : le patrimoine passe souvent au second plan, quand il n’est pas tout simplement absent des projets retenus.
Il ne s’agit pas d’opposer culture et patrimoine. Les deux sont essentiels et se complètent. Les organismes culturels jouent un rôle important dans la vitalité de nos communautés et leur travail mérite d’être soutenu.
Toutefois, lorsque des programmes qui portent le nom de « culture et patrimoine » ne financent pour ainsi dire que des projets culturels, une question légitime se pose : quelle place reste-t-il réellement pour le patrimoine ?
Le patrimoine local repose en grande partie sur l’engagement de bénévoles, de passionnés d’histoire et d’organismes qui travaillent avec des moyens très limités. Sans soutien minimal, plusieurs projets de recherche, de documentation et de mise en valeur ne verront tout simplement jamais le jour. Et lorsque ces initiatives disparaissent, ce n’est pas seulement un projet qui s’éteint. C’est une partie de notre mémoire collective qui risque de se perdre.
Si nous croyons réellement que notre patrimoine est important, il faut cesser de le dire seulement dans les discours. Il faut aussi lui donner une place réelle dans les programmes et les décisions.
Sinon, il faudra avoir l’honnêteté de reconnaître que, malgré les belles paroles, le patrimoine demeure, toujours, le parent pauvre de nos priorités collectives.
