Intelligence artificielle : comment les géants de la tech resserrent leur emprise sur l’économie
Au même titre que le train ou l’électricité, l’intelligence artificielle (IA) remplit, selon beaucoup d’analyses, les trois conditions pour être qualifiée de technologie à usage général : elle se diffuse dans quasiment tous les secteurs d’activité, enregistre une amélioration continue et rapide, et génère des innovations, de nouveaux produits ou procédés. Depuis la sortie de ChatGPT fin 2022, les progrès sont en effet de taille.
L’IA a vu ses usages se répandre largement au-delà du seul secteur du numérique, qu’on pense au menuisier l’utilisant pour produire rapidement une présentation 3D d’un meuble à ses clients, à un grand groupe comme Sanofi qui incite l’ensemble de ses salariés à utiliser un agent conversationnel, aux robots dopés à cette technologie dans les entrepôts et usines, ou encore à un studio de jeux vidéo produisant une grande partie de son prochain jeu grâce à elle.
La quasi-totalité des entreprises, quel que soit le secteur, va finir par payer chaque mois une facture d’IA. Du bureau d’études à l’usine, en passant par le cabinet comptable, beaucoup le font déjà, comme pour l’électricité ou les licences de logiciels. Ainsi, de la même manière que la flambée du tarif de l’électricité fragilise particuliers, boulangers et grands industriels, le montant de cette facture et l’identité de ses bénéficiaires pèseront dans le partage de la valeur dans l’économie.
Car même si l’usage des agents conversationnels est aujourd’hui en partie gratuit, l’IA est une technologie très coûteuse. Contrairement aux moteurs de recherche ou aux réseaux sociaux, son coût marginal n’est pas nul : une requête supplémentaire sur un système d’IA représente un coût pour l’entreprise qui propose ce service. La génération de la réponse implique de faire tourner les algorithmes dans les centres de données et donc de faire chauffer les machines. Raison pour laquelle les services d’IA ont très rapidement bridé l’usage des formules gratuites et sorti des formules d’abonnement. Et encore les usagers payants ne s’acquittent pas aujourd’hui du vrai coût, loin de là.
Cette industrie fonctionne largement à perte, car elle mène une course au déploiement de ses outils afin de les rendre indispensables. Une fois la domination assise viendra l’étape de la rentabilisation des investissements.
Combien les entreprises françaises vont-elles devoir débourser pour leurs systèmes d’IA ? Dans une étude parue en juin, le cabinet Asterès estimait que les dépenses des entreprises européennes dans les services de cloud et de logiciels atteignaient déjà 400 milliards d’euros pour l’année 2024. Au bénéfice, presque exclusivement (83 %), d’entreprises états-uniennes et notamment des géants du cloud : Amazon, Microsoft et Google. Or, l’essentiel de la valeur de ces services est localisé aux Etats-Unis, si bien que l’étude chiffre à 264 milliards d’euros la dépense « effectuée par des organisations européennes et bénéficiant à l’économie américaine ».
La facture des tokens explose
Cette dépendance technologique offre aux fournisseurs une possibilité d’augmenter leurs tarifs, ce qui semble déjà bien enclenché.........
