Pays pauvres : comment les institutions financières internationales leur permettent de se financer à moindre coût ?
Alors que les pays les plus pauvres connaissent des situations économiques fragiles, les banques multilatérales de développement, ou BMD, comme la Banque mondiale, leur octroient des prêts à des conditions avantageuses par rapport à des banques commerciales et aux marchés financiers. Quel est leur secret pour éviter des pertes sur ces opérations ? La réponse se trouve du côté du statut de créancier privilégié ou preferred creditor status.
Les pays à faible revenu se caractérisent par un accès très limité, voire inexistant, aux marchés internationaux de capitaux en devises comme le dollar, l’euro, la livre sterling ou le yen – ces marchés permettent aux États d’emprunter auprès d’investisseurs internationaux. Cette quasi-exclusion s’explique par la fragilité de leurs finances publiques, mais aussi par leur forte exposition à des chocs politiques, climatiques ou sécuritaires.
En conséquence, le risque de non-remboursements des prêteurs (ou risque de défaut souverain) est structurellement plus élevé pour ces pays que pour les économies avancées ou émergentes. Résultat ? Les prêteurs privés tels que les banques commerciales et les marchés sont dissuadés de leur accorder des financements. A contrario, ils n’hésitent pas à prêter aux pays riches endettés, car ils ont confiance – à tort ou à raison – dans le fait d’être remboursés.
Dans ce contexte, les institutions financières internationales, notamment les banques multilatérales de développement – Banque mondiale, Banque africaine de développement, Banque asiatique de développement, etc. – jouent un rôle central dans le financement des pays pauvres. Elles ont reçu de la part de leurs États membres un mandat de prêteur contracyclique, à savoir leur accorder des financements alors que les acteurs privés s’y refusent.
Pour autant, elles subissent peu de pertes et leur qualité de crédit, mesurée par la note de crédit, ou rating, est généralement très élevée.
Pour expliciter ce paradoxe, notre article met en évidence un mécanisme institutionnel propre aux banques multilatérales de développement (BMD) : le statut de créancier privilégié, ou preferred creditor status (PCS). Concrètement, lorsqu’un État éprouve des difficultés à rembourser sa dette, il accorde la priorité au service des prêts des banques multilatérales de développement par rapport à ses autres créanciers – banques commerciales, détenteurs d’obligations ou prêteurs bilatéraux.
Dépendance aux notations de S&P, Moody’s et Fitch
La question du financement en devises des pays pauvres, comme le dollar ou l’euro, se pose avec une acuité particulière lorsque l’accès aux marchés internationaux dépend fortement des notes souveraines.
L’obtention........
