Ces présidents de la République devenus chanoines d’honneur du Latran
Une tradition remontant à la monarchie confère aux présidents de la République française le titre honorifique de chanoine d’honneur de la basilique Saint-Jean-de-Latran, à Rome.
Une tradition remontant à la monarchie confère aux présidents de la République française le titre honorifique de chanoine d’honneur de la basilique Saint-Jean-de-Latran, à Rome.
Depuis 1957, la participation à une cérémonie dans cet illustre lieu de culte romain caractérise les présidences ancrées à droite.
Depuis 1957, la participation à une cérémonie dans cet illustre lieu de culte romain caractérise les présidences ancrées à droite.
Ce marqueur méconnu de notre vie politique questionne le rapport des chefs de l’État à la laïcité.
Ce marqueur méconnu de notre vie politique questionne le rapport des chefs de l’État à la laïcité.
Le président de la République française qui doit être élu en 2027 se rendra-t-il en voyage officiel à Rome au cours de son mandat pour y rencontrer le pape et participer à une cérémonie en tant que chanoine d’honneur de la basilique Saint-Jean-de-Latran ? S’il est de droite (ou d’extrême droite), c’est probable.
En effet, presque tous les présidents de la Vᵉ République rattachés à cette tendance politique ont fait ce choix, lequel fut d’abord fait en 1957 par le dernier président de la IVᵉ République René Coty, lui aussi de droite. Quant à leurs homologues positionnés à gauche, ils se sont gardés d’en faire autant.
Ainsi, une tradition à la fois diplomatique et politique vieille de soixante-dix ans s’est établie dans notre République. Son histoire demeure peu éclairée à ce jour. Seules ses origines sous la IVᵉ République (1947-1958) ont été explorées en profondeur.
Notre recherche en cours porte sur sa mise en œuvre depuis 1959, sous la Vᵉ République donc. Elle permet d’illustrer par un nouvel exemple la proximité de la droite française avec le catholicisme.
Une initiative de René Coty reprise par Charles de Gaulle
Lorsque René Coty accède à l’Élysée, en 1954, il est l’un des chefs de la droite modérée, de tendance libérale. Sur le plan religieux, c’est un catholique convaincu et reconnu comme tel, mais peu observant. Avant lui, aucun président ne s’est rendu en voyage officiel au Vatican pour y rencontrer un pape. Aussi, lorsqu’il décide de faire ce voyage, son entourage craint une exploitation politique de l’évènement. De fait, la visite qu’il rend à Pie XII est contestée par les organisations qui se présentent comme les gardiennes de la laïcité.
Le Canard enchaîné raille le « révérend président Coty »… habillé en « queue de Pie ». En comparaison, la cérémonie à laquelle participe Coty à la basilique Saint-Jean-de-Latran en tant que chanoine d’honneur passe relativement inaperçue, étant donné qu’elle ne revêt pas de dimension politique. Toutefois, cette cérémonie, qui se déroule le 14 mai 1957, est hautement symbolique. Un programme mêlant liturgie catholique, histoire de la célèbre basilique pontificale et échanges protocolaires a été soigneusement organisé pour accueillir le président Coty. Ce dernier en garde un souvenir si ému que, le 8 janvier 1959, il réserve aux chanoines du Latran sa dernière lettre rédigée à l’Élysée afin de les remercier de leur accueil « affectueux ». Le jour même, Charles de Gaulle commence sa présidence.
Le nouvel occupant de l’Élysée est lui aussi un catholique de droite. Mettant à profit un voyage officiel en Italie, il rend une visite privée au nouveau pape, Jean XXIII. Le lendemain (28 juin 1959), il est reçu au Latran en tant que chanoine d’honneur. La cérémonie suit le modèle mis au point deux ans plus tôt, y compris la station devant la statue du roi Henri IV, ou encore l’échange de discours et de cadeaux.
Ainsi, en deux ans, une nouvelle tradition prend forme. Un ancien lieu de mémoire de la monarchie sort de l’oubli et devient susceptible d’être investi par les présidents de la République française. Notons qu’avec le passage à la Vᵉ République, le sens de la cérémonie au Latran se modifie puisque, selon la nouvelle Constitution, les pouvoirs du président sont bien plus étendus que sous la précédente. Le geste de l’homme qui est désormais le chef de la diplomatie acquiert donc une portée nouvelle.
Le non-voyage du président Pompidou
Le gaulliste Georges Pompidou succède à Charles de Gaulle en 1969. Comme lui, c’est un catholique pratiquant. Tout semble le disposer à gagner la Rome pontificale au cours de son mandat, mais il ne le fait pas. Pourquoi ?
L’explication principale se trouve, selon nous, dans le contexte ecclésial français : il s’agit de la détérioration des relations de l’épiscopat avec le pouvoir gaulliste. Par souci de fidélité au concile Vatican II (1962-1965), mais aussi sous l’effet d’un glissement vers la gauche de la jeune........
