Le totalitarisme numérique est‑il inéluctable ?
L’essor de l’intelligence artificielle, des Big Tech et des technologies de surveillance bouleverse les rapports entre États, entreprises et citoyens. La convergence entre capitalisme de surveillance et dérives autoritaires pourrait conduire à un technofascisme ou à un totalitarisme numérique, comme l’illustrent les exemples de la Chine, des États-Unis et de la Russie. Face à ces risques, un encadrement démocratique des technologies apparaît indispensable pour préserver les libertés publiques et le pluralisme.
L’année 2026 regorge d’actualités sur le renforcement des mesures de contrôle numérique de la population. D’un côté, la Chine continue de moderniser son réseau de vidéosurveillance en intégrant l’IA pour faciliter la recherche et l’analyse des données par la police et développe des systèmes de prédiction du comportement des citoyens afin d’identifier des futurs criminels et opposants au régime, à l’instar du film Minority Report, adaptation d’une nouvelle de Philip K. Dick.
D’un autre côté, l’entreprise américaine Palantir, spécialisée dans le développement de logiciels pour l’armée et la police de certains pays, a publié sur le réseau social X un résumé du livre The Technological Republic : Hard Power, Soft Belief, and the Future of the West, écrit par son PDG Alexander C. Karp. Il s’agit d’une sorte de manifeste de la future société numérique, telle que la conçoit un développeur de logiciels pour structures militaires : utilisation de la « force brute » (hard power) pour maintenir l’ordre dans le pays et dans le monde ; conscription universelle ; développement de robots militaires et d’armements basés sur l’IA par la Silicon Valley pour l’État ; hégémonie des États-Unis sur les autres pays, en particulier sur les civilisations qualifiées de « médiocres, régressives et nuisibles » ; et lutte contre le pluralisme.
S’agit-il d’une description crédible de notre avenir numérique, déjà en train d’être façonné par les grandes corporations technologiques avec le soutien des États, tant à l’Ouest qu’à l’Est ?
Utopisme et capitalisme de surveillance
Un certain nombre de transhumanistes influents, tels que Nick Bostrom et Ray Kurzweil, dépeignent un paradis terrestre futuriste, contribuant ainsi à promouvoir les narratifs des entreprises de la Big Tech. Le philosophe Nick Bostrom, tout en mettant en garde contre les risques existentiels liés au développement des technologies, a déjà imaginé ce qu’il ferait dans un monde futur entièrement résolu (solved world).
Dans ce monde, l’intelligence artificielle surpasserait l’homme dans tous les domaines, tant physiques qu’intellectuels, et les robots, la réalité virtuelle ainsi que d’autres technologies atteindraient un tel niveau de développement que l’être humain n’aurait plus du tout besoin de travailler pour produire les objets du quotidien. Un monde semblable à celui des vieux contes de fées, où la nourriture vous saute presque directement dans la bouche et où les cochons se promènent déjà tout cuits. Ce fameux Âge d’or de l’humanité, dont Hésiode parlait dans l’Antiquité : « Les humains........
