L’eau claire du lac Léman, bonne nouvelle ou symptôme d’invasion ? Le cas de la moule quagga
L’eau du Léman, lac franco-suisse, n’a jamais été aussi limpide, mais ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour le plus grand lac d’Europe occidentale. Derrière cette apparence de carte postale se cache en réalité une invasion silencieuse : celle de la moule quagga, qui filtre massivement l’eau, au risque de bouleverser en profondeur l’équilibre du lac. Des espèces de poissons pourraient être menacées, mais aussi les activités humaines : cette espèce colonise aussi, en effet, les conduites permettant l’approvisionnement en eau.
Depuis 2015, l’eau du Léman, lac frontière entre la France et la Suisse, devient progressivement cristalline. Une aubaine pour les baigneurs : visibilité parfaite, reflets couleur turquoise… un léger air des Maldives en plein cœur de l’Europe !
Mais derrière cette carte postale séduisante se cache une question dérangeante : une eau trop claire est-elle forcément synonyme de bonne santé écologique ? Car ce changement spectaculaire n’est ici pas dû à un miracle naturel, mais en bonne partie à l’action silencieuse d’une minuscule bivalve d’à peine deux centimètres : la moule quagga.
Et si cette transparence nouvelle semble anodine, voire réjouissante, elle est en réalité le symptôme visible d’un bouleversement profond. Car sous la surface du Léman, l’équilibre du lac est en train de se redéfinir autour d’un envahisseur durablement installé. Cela pourrait à terme entraîner le déclin du phytoplancton et des poissons qui en dépendent, ainsi que des proliférations d’algues.
Jusqu’à deux litres d’eau filtrée par jour… et par moule !
Discrète, cette moule filtre l’eau avec une redoutable efficacité : jusqu’à deux litres d’eau filtrés par jour et par moule. À première vue, cela paraît insignifiant, presque anodin. Mais multipliez ce chiffre par le nombre d’invidivus, en moyenne, 4 000 individus par mètre carré, et vous obtenez une machine biologique de filtration d’une puissance vertigineuse.
Aujourd’hui, c’est une armée silencieuse qui tapisse le fond du Léman et d’autres lacs en Europe et dans le monde, transformant en profondeur son fonctionnement. Car dans un écosystème, aucun changement d’une telle ampleur ne saurait être neutre. Cette filtration massive bouleverse les équilibres biologiques et complique sérieusement la gestion du lac.
De nom scientifique Dreissena rostriformis bugensis, la moule quagga est une espèce exotique envahissante. Elle n’est pas née dans le Léman.
Originaire d’estuaires du bassin pontocaspien et plus précisément du delta du Dniepr, en Ukraine, elle a voyagé malgré elle – ou plutôt grâce et à cause de nous. Transportée dans les eaux de ballast des navires ou accrochée aux coques des bateaux, elle a traversé continents........
