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Voici pourquoi il faut valoriser les vendeurs ambulants et les récupérateurs de déchets dans les villes

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Les villes abritent aujourd’hui près de la moitié (45 %) des 8,2 milliards d’habitants de la planète, et ce chiffre devrait atteindre 68 % d’ici 2050. Avec leur croissance, les villes deviennent des acteurs clés pour bâtir un avenir durable. Partout dans le monde, l’urbanisation influence la production, la distribution et la consommation alimentaires, et les villes sont des moteurs essentiels de l’évolution des systèmes alimentaires.

Le Pacte de Milan pour une politique alimentaire urbaine a récemment renouvelé les engagements mondiaux en faveur de systèmes alimentaires urbains durables et équitables. Signé par 330 villes à travers le monde, le plan d’action de ce pacte vise à améliorer la production et la distribution alimentaires et à réduire le gaspillage.

Cet article fait partie de notre série Nos villes d’hier à demain. Le tissu urbain connait de multiples mutations, avec chacune ses implications culturelles, économiques, sociales et politiques. Pour éclairer ces divers enjeux, La Conversation invite les chercheuses et chercheurs à aborder l’actualité de nos villes.

Comme le Comité de la sécurité alimentaire mondiale a affirmé en octobre 2025, sans politique intentionnelle, cette croissance ne permettra pas d’alimenter la transformation nécessaire pour assurer la durabilité des systèmes alimentaires.

La restauration de rue et ses vendeurs sont un élément essentiel du paysage alimentaire urbain, offrant une alimentation abordable et un revenu vital à de nombreux citadins. Cependant, ces vendeurs se heurtent fréquemment à l’hostilité des autorités municipales qui invoquent des problèmes de circulation et de santé publique.

De plus, au moins un tiers des aliments produits dans le monde se perdent, finissant dans les décharges et entraînant un gaspillage de ressources précieuses, d’énergie et de main-d’œuvre. Les récupérateurs de déchets urbains peuvent jouer un rôle essentiel dans la réduction de ces déchets.

Pour remédier à ces problèmes, il faut une volonté politique et des investissements afin d’améliorer nos systèmes alimentaires et de les rendre plus durables à l’avenir.

Vendeurs ambulants et les kiosques de nourriture

De nombreuses villes à travers le monde proposent une scène culinaire de rue dynamique qui assure des moyens de subsistance aux vendeurs et offre à leurs clients une cuisine variée, savoureuse et de grande qualité. Des chercheurs et des défenseurs de la cuisine de rue affirment qu’elle constitue un élément essentiel du système alimentaire urbain et souvent une alternative plus saine aux aliments ultra-transformés de type fast-food.

Cependant, les tensions avec les autorités municipales peuvent perturber ce paysage alimentaire. Par exemple, à Bangkok, des dizaines de milliers de vendeurs ont été déplacés en raison d’une campagne municipale décongestionner des trottoirs.

De plus, il y a une récente initiative controversée visant à créer des centres de restauration ambulante à la manière de Singapour afin de créer une apparence d’ordre et d’améliorer l’hygiène.

À New York, une organisation appelée le Street Vendor Project vise à équilibrer la sécurité de la circulation et des piétons avec la nécessité de maintenir ces services urbains et moyens de subsistance essentiels. Le groupe a joué un rôle déterminant dans la campagne menée par le Conseil municipal de New York pour l’abrogation des sanctions pénales pour délits mineurs en faveur des vendeurs ambulants de nourriture en septembre 2025. Une politique et une planification équitables impliquent de soutenir les vendeurs de nourriture plutôt que de les marginaliser davantage.

Récupérateurs de déchets urbains

Dans de nombreuses villes, des récupérateurs de déchets collectent, trient et vendent des matériaux mis au rebut comme le plastique, le métal et le papier en vue de leur recyclage ou de leur réutilisation. Si les récupérateurs de déchets sont plus fréquents dans les villes des pays à revenu faible ou intermédiaire, on les retrouve également dans les zones urbaines des pays riches.

Les pertes et le gaspillage alimentaires sont responsables de 8 à 10 % des émissions de gaz à effet de serre. Ce gaspillage est largement dû à de mauvaises pratiques de stockage, à des chaînes d’approvisionnement défaillantes, à la logistique du dernier kilomètre, à des réglementations trop restrictives et aux pratiques de consommation excessives des ménages aisés. Une étude de 2020 a estimé que près de 60 % du plastique collecté pour le recyclage l’était par des récupérateurs de déchets informels.

Une grande partie de ce plastique provient d’emballages alimentaires et de boissons jetés dans les zones urbaines. Le Programme des Nations unies pour l’environnement recommande que les quelque 20 millions de récupérateurs de déchets dans le monde soient pleinement intégrés à la gestion des déchets municipaux.

L’amélioration de la gestion des déchets, notamment dans les villes des pays du Sud, exige des investissements importants dans les infrastructures. Toutefois, les systèmes de gestion des déchets ne doivent pas se contenter de copier les modèles des pays du Nord.

Une analyse des approches et des résultats menée à travers le monde en vue de l’intégration des récupérateurs de déchets dans les systèmes municipaux de gestion des déchets a formulé plusieurs recommandations. Toutefois, la stigmatisation de ces moyens de subsistance demeure un obstacle.

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Néanmoins, un nombre croissant d’organisations de récupérateurs de déchets — ainsi qu’une coalition mondiale — offre une lueur d’espoir quant à la reconnaissance de ces héros méconnus du recyclage urbain. Parmi ces initiatives, on peut citer les partenariats entre les récupérateurs de déchets et les collectivités locales brésiliennes, le Binners Project à Vancouver, qui s’appuie sur le dépôt United We Can, Les Valoristes à Montréal, la National Street Vendor Association of India et l’initiative Linis-Ganda à Manille, qui collabore avec des établissements d’enseignement et des entreprises. Ces exemples illustrent comment l’intégration des recycleurs informels peut contribuer à la gestion des déchets et à la création d’une économie alimentaire plus circulaire.

Face à l’urbanisation croissante, nous serons de plus en plus nombreux à dépendre du rôle essentiel des vendeurs ambulants et des récupérateurs de déchets. Des politiques et une planification inclusives, reconnaissant la contribution de ces deux moyens de subsistance, sont indispensables pour garantir un avenir alimentaire urbain durable pour tous.


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