Rentrée littéraire 2026: 11 livres que vous ne lâcherez pas avant la fin (partie 1)
Rentrée littéraire 2026: 11 livres que vous ne lâcherez pas avant la fin (partie 1)
Pour éviter la crise d'anxiété en entrant chez votre libraire (on ne peux pas tout acheter), inspirez-vous de nos coups de cœur.
Temps de lecture: 13 minutes
26 août 2026 à 6h55 – Édité par Manon Michel
Depuis la mi-août et jusqu'en octobre, 461 romans vont déferler dans les librairies francophones. Est-ce trop? Oui, car certains passeront inaperçus malgré le travail titanesque de leur auteur ou autrice; et en même temps non, car cela permet à chacun et chacune de jeter son dévolu sur des sujets et des tonalités qui lui tiennent réellement à cœur.
Pour cette rentrée littéraire, nous vous proposons une sélection d'une vingtaine de romans méritant à coup sûr le détour. On ne dira rien des livres qui nous sont tombés des mains –il y en a un certain nombre–, pour mieux se concentrer sur les titres les plus appétissants, ceux qu'il a parfois fallu poser à contrecœur pour aller reprendre temporairement le cours de sa vie.
«Je ne suis pas venu apporter la paix», de Nicolas Martin
«Ils se mettent à courir. Le chemin se dérobe sous leurs pas, la boue éclabousse, les pierres roulent. Leurs cris se mêlent à leurs halètements. Derrière eux, ce qui les poursuit accélère. Des chocs dans le sous-bois, des foulées brusques, rapides, qui se resserrent, qui les frolent. Parfois une bourrasque d'air chargée d'une odeur chaude et rance de pelage mouillé, une branche qui fouette, un grognement sourd, rocailleux, juste là, à portée de main. Jamais une forme claire. La menace imminente, de plus en plus proche.»
Dans une ferme située au fin fond des Pyrénées, une famille qui n'en a que le nom se retrouve au complet pour dire adieu au terrifiant patriarche, lequel ne va pas tarder à passer l'arme à gauche. Isolé géographiquement –les téléphones mobiles sont cadenassés dans une boîte–, le domaine va servir de théâtre à des règlements de compte salés et bientôt sanglants. C'est tout le brio du deuxième roman de Nicolas Martin: convoquer à parts égales la tragédie grecque et l'angoisse façon Stephen King ou Clive Barker, sans jamais hésiter à pousser les curseurs à fond.
On ne revient pas indemne de cette escale pyrénéenne réservant son lot de surprises. Brillamment construit, ce thriller en cinq actes montre un patriarcat tellement au bord du gouffre qu'il n'a plus rien à perdre. Pour le faire imploser –et tout simplement pour survivre–, les différents protagonistes devront foncer tête baissée dans des ténèbres inédites, où se mêlent des odeurs de sang, de boue et de fluides corporels. Talentueux et culotté, Nicolas Martin signe une réussite époustouflante.
«Ceux qui nous frappent», d'Anaïs LLobet
«L'histoire aurait pu se terminer là. Or ce n'est pas le cas. Car à un moment, Sara s'est fait déposséder de cette violence. Elle n'a plus utilisé ses poings. Et cette puissance imparfaite, interdite, ne l'a plus protégée? Elle a erré dans les rues, enjambé le parapet d'un pont et elle s'est jetée dans la Vilaine, l'un des fleuves qui traversent Rennes.»
On doit à l'avocate Yael Mellul la loi du 30 janvier 2020 portant sur le harcèlement moral exercé sur conjoint et ayant pour issue un suicide ou une tentative de suicide. L'avancée est indéniable, mais pour la justice, le casse-tête est total: puisqu'il n'y a apparemment pas de preuve matérielle, comment démontrer que ce sont les agissements du suspect qui ont directement poussé la victime à mettre fin à ses jours? Pour raconter ce qui semble être une impasse, Anaïs LLobet a choisi le roman: elle y décrit le procès de Charles, trentenaire respecté, accusé d'avoir causé le suicide de sa compagne Sara, championne de boxe.
Multipliant les points de vue, l'autrice dresse un état des lieux d'une subtilité absolue: à la barre se succèdent des protagonistes aux opinions et aux raisonnements contradictoires. La force physique et mentale de la sportive entre tout particulièrement en ligne de compte: beaucoup jugent impensable le fait qu'elle ait pu être poussée à bout par son conjoint. De cet imbroglio judiciaire savamment mené jusqu'à son terme, on tire un enseignement principal: il ne faut pas se réjouir trop longtemps des avancées en matière de lutte contre le patriarcat, car leur mise en application peut souvent s'avérer douloureuse.
«Fille paumée et perroquet», de Sara Levine
«“Ne me dis pas que tu es en train de le lire”, m'avait-elle dit, comme si je faisais subir quelque chose au livre, alors que c'était lui qui s'était emparé de moi. J'ai vingt-cinq ans et cela s'est produit un lundi où, n'étant pas attendue à l'Animothèque, je n'avais pas d'autres projets que dormir et laver mon soutien-gorge à la main, et encore, cette dernière étape s'accompagnait d'un gros point d'interrogation. Les oiseaux pépiaient, des ombres s'étiraient sur le linoléum et au loin une débrousailleuse couinait. Quand je suis arrivée au passage où la bande de Long John Silver capture Jim Hawkins dans le fortin désert, Lars, mon mec, a laissé un message sur mon répondeur en me demandant........
