Il faut réévaluer «Dirty Dancing» une bonne fois pour toutes
Il faut réévaluer «Dirty Dancing» une bonne fois pour toutes
Thomas Messias – 8 mai 2026 à 6h55
Dans un livre intelligent et politique, ce long-métrage culte datant de 1987, souvent considéré avec dédain comme un simple petit film de danse, est définitivement réhabilité.
Temps de lecture: 6 minutes
Un «film de filles»: voilà l'image résolument péjorative que moi, né garçon dans les années 1980, ai longtemps eu de Dirty Dancing. Mon sexisme n'ayant d'égal que mon snobisme, j'ai finalement mis près de trois décennies avant d'accepter de consacrer une centaine de minutes à ce film, sommé –par une «fille», justement– de combler ce trou béant dans ma cinéphilie. Pas franchement enthousiaste à l'idée de ce visionnage, j'avoue avoir regardé le film à reculons, ce qui contribue à expliquer que je n'y aie alors pris que peu de plaisir.
Il m'a fallu des années et quelques articles lus çà et là dans la presse féministe pour reconsidérer ce film sorti en 1987, réalisé par Emile Ardolino (oscarisé en 1984 pour le documentaire He Makes Me Feel Like Dancin' et futur réalisateur du triomphal Sister Act en 1992), écrit par Eleanor Bergstein et interprété par le duo Jennifer Grey - Patrick Swayze. À la faveur d'une deuxième séance et grâce à quelques clés d'analyse, j'ai enfin pu en apprécier les qualités.
IVG, slutshaming et patriarcat
Andrea Warner, elle, n'a pas attendu d'avoir la trentaine pour considérer Dirty Dancing comme un film important. L'autrice et podcasteuse canadienne garde un souvenir particulier de sa première fois devant le film, au cours de sa préadolescence. Elle fut alors tiraillée entre une émotion sincère et une indéniable forme d'excitation ressentie face aux corps en mouvement. C'est le premier sujet qu'elle aborde dans son essai intitulé On ne laisse pas Bébé dans un coin: la façon dont le cinéma forge nos imaginaires, nos désirs et nos représentations –pas juste le temps d'une séance, mais pour toute la vie.
Publié par les éditions Hors d'Atteinte et traduit de l'anglais par l'éditrice Marie Hermann, On ne laisse pas Bébé dans un coin défend avec acharnement la thèse selon laquelle Dirty Dancing, à défaut d'être un film parfait, est un film important, qui avait (et a toujours) de quoi révolutionner l'existence d'un paquet d'adolescentes –et sans doute aussi quelques adolescents.
En introduction, Andrea Warner ne cache pas son implication émotionnelle et personnelle vis-à-vis de cette œuvre: «Quoi qu'on en dise, Dirty Dancing est le film qui a changé ma vie. C'est lui qui a contribué à façonner mon féminisme naissant, qui a fait de moi une militante à vie pour le droit à l'avortement et qui m'a fait découvrir la puissance de la musique.........
