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César 2026: une cérémonie aussi Carrey que bridée

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27.02.2026

César 2026: une cérémonie aussi Carrey que bridée

Thomas Messias – Édité par Émile Vaizand – 27 février 2026 à 12h50

Nominations peu passionnantes, diffusion sur Canal et Europe 1: pour la 51e cérémonie des César, il ne fallait pas s'attendre à des étincelles, ni sur le plan cinématographique ni du côté politique.

Temps de lecture: 7 minutes

«Le César de la meilleure actrice est attribué à… Vicky Krieps pour Love me tender!» Ovation de la foule, qui offre à l'actrice germano-luxembourgeoise un triomphe à la mesure de sa prestation dans le film d'Anna Cazenave Cambet, clairement l'un des monuments de l'année cinéma 2025. Mais soudain, l'auteur de ces lignes se réveille en sueur, réalisant que tout ceci n'était qu'un doux rêve –et que dans cette triste réalité, Love me tender n'a en fait pas reçu la moindre nomination aux César 2026.

Dès l'annonce des nominations en question, on avait senti que ce ne serait pas le palmarès du siècle et qu'une brise un peu tiède risquait fort de souffler sur la cérémonie. C'est même une horripilante tempête d'académisme qui couvait, symbolisée par les énièmes nominations des indécrottables Isabelle Huppert et Dominique Blanc –citées cette année pour des rôles pas franchement mémorables– et surtout par la présence dans six catégories de La Femme la plus riche du monde (du toujours nazebroque Thierry Klifa).

Une jeunesse toujours bridée

Il faut dire qu'à quelques exceptions près, le cinéma français n'a pas réellement brillé en 2025, alignant les films «pas-mal-ouais-va-le-voir-on passe-un-bon-moment», là où on aurait voulu du mémorable, de l'éternel. Outre le boudé Love me tender, donc, les deux sommets de l'année furent La Petite Dernière, de Hafsia Herzi et Nino, de Pauline Loquès, qui ont chacun valu à leur interprète principal·e (Nadia Melliti pour le premier et Théodore Pellerin pour l'autre) un César du meilleur espoir.

Fallait-il s'en contenter? Largement au-dessus de la mêlée générale, Nadia Melliti et Théodore Pellerin auraient tout à fait pu briguer une autre statuette, celle de la meilleure interprétation de l'année, sauf que le règlement de l'Académie des César l'interdit.

Depuis que Tahar Rahim a été désigné à la fois meilleur espoir et meilleur acteur en 2010 pour son rôle dans Un prophète, voilà ce que dit l'article 6: «Si, à l'issue du premier tour, un acteur ou une actrice obtient, pour un même film, suffisamment de voix pour être nommé·e, dans plusieurs catégories “interprétation”, à savoir: Meilleur·e acteur·rice, Meilleur·e acteur·rice dans un second rôle, ou Meilleur espoir (masculin ou féminin), il ou elle sera nommé·e uniquement dans la catégorie pour laquelle il ou elle aura obtenu le pourcentage de vote le plus important (nombre de suffrages obtenus divisé par le nombre de suffrages décomptés pour la catégorie).»

Autrement dit, si vous avez cartonné dans la catégorie meilleur espoir, vous pouvez dire adieu à la cour des grands. Ce règlement rend quasiment impossible la nomination (donc la victoire) des interprètes les plus jeunes. À l'heure où Télérama se demande où sont les nouvelles têtes (et où Troiscouleurs n'attend heureusement pas pour répondre à la question), l'Académie des César devrait se demander elle aussi comment injecter du sang neuf au lieu de ressembler un peu plus........

© Slate