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Le scandale des exhumations sauvages de poilus juste après la Première Guerre mondiale

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12.04.2026

Le scandale des exhumations sauvages de poilus juste après la Première Guerre mondiale

Nicolas Méra – Édité par Émile Vaizand – 12 avril 2026 à 9h00

Pendant la Grande Guerre, de nombreux soldats français ont été enterrés loin de leurs communes d'origine. Sollicités par leurs familles endeuillées, des entrepreneurs peu scrupuleux sont alors partis à la chasse aux cadavres.

Temps de lecture: 5 minutes

La nuit est tombée sur le cimetière de Sillery, dans la Marne. Même si les combats ont cessé il y a plusieurs mois, les alentours portent encore les stigmates des affrontements de la Première Guerre mondiale (juillet 1914 - novembre 1918): arbres écorchés, végétation empoisonnée, terre lacérée par les éclats d'obus. Une plaie ouverte. Perçant l'obscurité, une lanterne guide deux ombres chuchotantes entre les sépultures. Une voiture ronronne à proximité, prête à démarrer en trombe s'il le faut.

Le lendemain matin, le fossoyeur local constate qu'un de ses locataires a «déménagé». Une tombe béante, déblayée sous le couvert de la nuit, a recraché le corps d'André Lebeurre, tombé sous les balles allemandes trois ans plus tôt, en mai 1917. Fait étonnant, le cercueil contient encore le tronc du malheureux; seules sa tête et ses membres ont été kidnappés. «Il faut donc supposer que les auteurs de cette profanation ont été dérangés dans leur travail», postule le rapport de gendarmerie, rédigé le 20 mai 1920.

Le fossoyeur soupire. En vérité, il n'est guère surpris. Depuis l'armistice, signé le 11 novembre 1918, ces exhumations clandestines se multiplient à travers les cimetières militaires, particulièrement dans les régions les plus meurtries par les combats. «Un odieux trafic qu'il faut supprimer», s'alarme le quotidien Le Journal, dès le 22 juillet 1919. Plusieurs dizaines de procès-verbaux de gendarmerie en attestent, rédigés chaque jour par des fonctionnaires dépassés.

Pour comprendre le gagne-pain des trafiquants de cadavres, il faut revenir en 1914. Au début de la Grande Guerre, rien n'a été prévu concernant les dépouilles de poilus tombés au champ d'honneur. Ces derniers sont souvent ensevelis en marge du champ de bataille par leurs compagnons d'armes, roulés dans une toile........

© Slate