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Sanae Takaichi et le Japon sont-ils en train de tourner définitivement la page de l'après-guerre?

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29.03.2026

Sanae Takaichi et le Japon sont-ils en train de tourner définitivement la page de l'après-guerre?

Magnus Robach, Telos – 29 mars 2026 à 17h00

Entre dépendance historique aux États-Unis et tentations d'émancipation stratégique, Tokyo est à la croisée des chemins. Les menaces chinoises, nord-coréennes et les incertitudes américaines redéfinissent ses priorités sécuritaires. Dans ce contexte, une recomposition profonde de la politique étrangère et de défense nippone semble inévitable.

Temps de lecture: 8 minutes

Les élections parlementaires au Japon en février dernier ont conduit le Parti libéral-démocrate (PLD) à une victoire électorale record, confortant la position de la Première ministre Sanae Takaichi, en poste depuis octobre 2025. Et avec elle, la mouvance nationaliste, voire révisionniste, de son parti. Il est difficile de savoir si c'est grâce à –ou malgré– cette radicalité que la Première ministre japonaise, héritière de Shinzō Abe, assassiné en juillet 2022, a obtenu un soutien aussi important. Mais de nombreux indices suggèrent qu'une frange croissante de l'opinion publique perçoit l'environnement international comme inquiétant et a donc voté pour un gouvernement stable et en mesure d'agir.

Si Sanae Takaichi parvient à opérer un véritable fléchissement dans la politique étrangère du Japon, ce sera probablement moins à cause de ses convictions que parce que le Japon se trouve à l'heure actuelle dans une situation plus vulnérable que celle qu'ont connue ses prédécesseurs. La récente visite à Washington de la Première ministre japonaise, adoubée par Donald Trump, va-t-elle rebattre les cartes dans un contexte international très tendu?

Sous le parapluie des États-Unis

L'interminable période d'après-guerre japonaise touche peut-être à sa fin. Pendant quatre-vingts ans, le Japon a mené une politique étrangère et de sécurité discrète et souvent qualifiée de pacifiste, à l'ombre des États-Unis qui restaient garants de sa sécurité. Cette subordination, née de la défaite japonaise lors de la Seconde Guerre mondiale, s'est transformée en une forme de dépendance quasi existentielle, encore plus marquée que celle qui a caractérisé certains pays de l'Alliance atlantique.

Les États-Unis se sont engagés à protéger le Japon, en échange de l'établissement d'un réseau de bases militaires dans l'archipel nippon. Cette alliance a exercé un effet anesthésiant sur la population, mais, au sein de la classe politique, elle s'est révélée être une source de frustration.

Malgré certaines réformes, le paradigme de l'après-guerre a globalement perduré et le pacifisme est resté une composante essentielle de l'identité japonaise.

À plusieurs reprises, des dirigeants japonais ont tenté d'émanciper leur pays de la domination américaine. Trois Premiers ministres particulièrement déterminés ont affirmé que l'après-guerre était terminé: Yasuhiro Nakasone (1982-1987), Jun'ichirō Koizumi (2001-2006) et Shinzō Abe (2006-2007 puis 2012-2020). Tous trois affirmaient que le Japon devait cesser de s'excuser pour son rôle durant la Seconde Guerre mondiale et enfin prendre la place qui lui revenait légitimement sur la scène internationale. Ils voulaient renforcer la défense et réviser le célèbre article 9 de la Constitution, par lequel le Japon devait renoncer à la guerre et s'interdire de posséder des forces armées permanentes.

Certaines réformes ont effectivement été réalisées, notamment en 2015, avec une réinterprétation de la Constitution permettant au Japon, dans certaines circonstances, d'exercer le droit à la........

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