menu_open Columnists
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close

La NASA va mettre le feu à la Lune et on vous explique pourquoi

20 0
26.04.2026

La NASA va mettre le feu à la Lune et on vous explique pourquoi

Lucas Déprez-Rose – 26 avril 2026 à 8h00 – Mis à jour le 26 avril 2026 à 8h00

Dans quelques mois, une mission testera la combustion de matériaux sur le sol lunaire. Objectif: comprendre comment un incendie se propage en faible gravité avant l'installation des premières bases habitées.

Temps de lecture: 2 minutes - Repéré sur IFLScience

Vous ne vous tromperiez pas vraiment si vous affirmiez que la Lune n'est qu'un désert de poussière grise, froid et majoritairement immobile. Pourtant, d'ici quelques mois, des petites lueurs vacillantes vont venir perturber l'obscurité d'un des cratères de notre satellite. La mission baptisée «Flammability of Materials on the Moon» (FM2, «inflammabilité des matériaux sur la Lune») sera la toute première tentative d'allumage contrôlé sur un autre corps céleste que la Terre.

Le projet, qui peut sembler contre-intuitif quand on connaît la peur et le danger que représentent les incendies en milieu pressurisé, répond en fait directement à cette urgence sécuritaire, car nous ne savons pas comment le feu se comporte sous une faible gravité.

Le problème est relativement simple: sur Terre, nous sommes protégés par une gravité de 1 g. Lorsqu'une bougie brûle, l'air chaud monte et l'air frais (chargé d'oxygène) descend, alimentant la flamme. C'est la convection naturelle. Mais sur la Lune, où la gravité est six fois moins forte, cet échange gazeux est totalement perturbé. Comme l'explique la NASA dans son rapport présenté à la Lunar and Planetary Science Conference de 2026, certains matériaux jugés sûrs sur notre Terre pourraient devenir de véritables bombes à retardement une fois installés dans une base lunaire.

Jusqu'à présent, les ingénieurs se contentaient de tests réalisés dans des tours de chute libre ou à bord d'avions effectuant des paraboles pour recréer un bref instant la microgravité. Mais ces simulations ne durent que quelques secondes, bien trop peu pour observer le développement complet d'un incendie. Le média en ligne britannique IFLScience rapporte que les chercheurs ont même tenté d'utiliser des centrifugeuses dans la Station spatiale internationale (ISS) pour simuler la gravité lunaire, sans grands résultats. Pour avoir une réponse nette, une seule solution: aller brûler des trucs sur la Lune.

La NASA souligne d'ailleurs un point fascinant: «Considérez un matériau qui est marginalement non inflammable sur Terre. Le même matériau peut être inflammable à un niveau de gravité inférieur (par exemple, sur la Lune) car le mécanisme crucial d'entraînement de l'oxygène par flottaison à la base de la flamme est toujours présent, mais à un rythme plus lent, permettant aux taux de réaction chimique de suivre le rythme.» En gros, le feu prend son temps, mais il prend parfois là où il se serait éteint sur Terre.

Cette curiosité scientifique n'est pas qu'un simple exercice pour physiciens. Elle s'appuie sur une mémoire collective douloureuse au sein des agences spatiales. En février 1997, à bord de la station russe Mir, un générateur d'oxygène a pris feu, transformant le module en un tunnel de fumée opaque et toxique. L'astronaute européen Reinhold Ewald se souvient que «le feu était si énorme et la fumée et la vapeur provenant de ce foyer étaient telles que nous ne pouvions pas voir à bout de bras, et je ne pouvais pas imaginer à ce moment-là que nous poursuivrions la mission».

La mission FM2 va donc utiliser quatre échantillons de combustibles solides. Des caméras haute définition scruteront la flamme, sa couleur, sa température et la manière dont elle s'étend. Ces données permettront d'ajuster les normes de construction des futures habitations du programme spatial Artemis de la NASA. Car si nous voulons que l'humanité s'installe durablement sur la Lune, il faut d'abord s'assurer que nos murs ne se transformeront pas en spectacle pour pyromane au premier court-circuit.

Au-delà de la sécurité immédiate, ces recherches ouvrent la voie à une meilleure compréhension de la physique des fluides. En observant comment la chaleur circule dans un environnement à 0,16 g, les scientifiques espèrent aussi améliorer les systèmes de chauffage et de ventilation des vaisseaux spatiaux.

Notre présence sur la Lune est en train de discrètement changer de nature. Nous ne sommes plus simplement des visiteurs qui plantons un drapeau et repartons avec quelques cailloux. L'humanité commence à transformer la Lune en un laboratoire grandeur nature, avec en ligne de mire l'idée d'y implanter une base, avant de regarder plus loin.

Voir tous ses articles

Slate À la une Iran Donald Trump Monde Société Politique Économie Culture Tech & internet Médias Égalités Parents & enfants Boire & manger Sciences Santé Sports Séries Grands formats

korii. À la une Biz Tech Et Cætera

Slate Audio À la une Nos podcasts Nos productions audio

Nos productions audio

korii. est la verticale de Slate.fr dédiée aux nouvelles économies, aux nouvelles technologies, aux nouveaux usages et à leurs impacts sur nos existences.

Slate Audio est une plateforme d’écoute de podcasts natifs imaginée par Slate.fr.

Slate for Brands, c'est un ensemble de solutions de production et de médiatisation entièrement dédiées à répondre aux problématiques de communication de nos partenaires.


© Slate