Pour abattre les drones Shahed russes, l'Ukraine déploie désormais des essaims d'intercepteurs autonomes
Pour abattre les drones Shahed russes, l'Ukraine déploie désormais des essaims d'intercepteurs autonomes
Laura Perren – 10 mars 2026 à 12h00
Alors que les drones d'attaque coûtent quelques dizaines de milliers de dollars, les missiles censés les abattre valent parfois des millions. Pour rétablir l'équilibre, l'Ukraine développe des drones intercepteurs autonomes capables d'opérer en essaim, à moindre coût.
Temps de lecture: 3 minutes - Repéré sur Forbes
Depuis plus de quatre ans, la guerre en Ukraine agit comme un gigantesque laboratoire pour l'industrie de l'armement, contrainte d'imaginer des technologies de défense toujours plus efficaces… mais aussi moins coûteuses. L'économie de guerre doit pourtant faire face à un paradoxe: les drones d'attaque valent souvent quelques dizaines de milliers d'euros, tandis que la production d'un missile intercepteur censé les abattre se chiffre à plusieurs centaines de milliers, voire plusieurs millions, d'euros.
Face aux assauts toujours plus importants de drones Shahed envoyés par la Russie, Kiev a développé une nouvelle génération de drones intercepteurs autonomes, conçus pour traquer les véhicules aériens de combat sans pilote. Leur coût annoncé: quelques dizaines de milliers d'euros. À titre de comparaison, un tir du système de missiles sol-air américain Patriot peut engager plusieurs millions.
Pour la défense ukrainienne, l'équation est claire: plutôt que de produire indéfiniment des missiles toujours plus sophistiqués (et toujours plus chers), il s'agit désormais de développer des drones intelligents capables de compléter la défense aérienne traditionnelle. En parallèle, l'armée de Volodymyr Zelensky s'attaque également à plusieurs maillons de la chaîne d'approvisionnement des drones russes. En mai 2025, des frappes ciblées ont ainsi mis hors service l'unique usine de fibre optique du pays, forçant Moscou à accroître sa dépendance aux importations chinoises. Ces derniers mois, de nombreux sites liés à la production des Shahed ont été touchés.
Les ingénieurs ukrainiens développent de leur côté des intercepteurs capables d'être lancés en essaim, avec un contrôle humain réduit. «Les intercepteurs sont plus efficaces lorsqu'ils sont autonomes, précise Lyuba Shipovich, PDG de Dignitas Ukraine, une ONG franco-ukrainienne qui forme entre autres les soldats aux systèmes de défense antidrones. On ne peut pas mobiliser 700 opérateurs pour piloter 700 appareils lors d'une frappe massive comme celles que nous connaissons actuellement. L'IA nous permet de lancer davantage d'essaims, sans la limitation humaine.»
Des tests concluants en mer Noire
Récemment, ces engins ont été testés dans un cadre encore plus inattendu: depuis des drones maritimes opérant en mer Noire. Une vidéo partagée sur X par Olivier Carroll, correspondant en Ukraine de The Economist, montre un petit engin jaillir d'un conteneur au moment où un véhicule aérien ennemi s'approche. Le journaliste précise que la séquence a été fournie par Uforce, le fabricant des drones navals Magura. Dans cette configuration, la technologie pourrait renforcer la défense de la région d'Odessa.
Interceptors automatically flying out of naval drones on detection of incoming targets? Before being piloted to the kill remotely from hundreds of km away? The future Dubai imagines has already been battle tested. In Odesa. Exclusive video from Uforce, makers of the Magura… pic.twitter.com/5UxmTFoC29— Oliver Carroll (@olliecarroll) March 7, 2026
Interceptors automatically flying out of naval drones on detection of incoming targets? Before being piloted to the kill remotely from hundreds of km away? The future Dubai imagines has already been battle tested. In Odesa. Exclusive video from Uforce, makers of the Magura… pic.twitter.com/5UxmTFoC29
Un défi persiste toutefois dans cette guerre de plus en plus électronique: la formation des opérateurs. Ceux-ci doivent maîtriser le pilotage du vol, mais également la navigation dans des environnements où les signaux GPS sont régulièrement brouillés ou falsifiés, comme le rapporte un article de Forbes. Les forces russes cherchent en permanence à perturber les communications radio qui permettent de contrôler les appareils.
La start-up ukrainienne Sine Engineering, spécialisée dans le développement de systèmes de communication et de navigation avancés pour drones, a investi le créneau. Son système de contrôle permet de définir la zone de mission depuis une tablette et d'envoyer plusieurs engins simultanément, y compris en l'absence de données GPS. «Les pilotes définissent la zone d'intérêt et les paramètres de mission, et le système gère le routage, la coordination et l'adaptation sous brouillage», résume Andriy Zvirko, directeur de la stratégie.
En temps de guerre, le cycle de développement des technologies se raccourcit fortement. «Les mises à jour logicielles peuvent être déployées chaque semaine, et les changements matériels se produisent rapidement sur la base de l'expérience réelle du combat», souligne Andriy Chulyk, PDG et cofondateur de Sine Engineering. Selon lui, la résistance des drones autonomes au brouillage témoigne de progrès techniques spectaculaires.
Pour Kiev, les intercepteurs autonomes pourraient bien rééquilibrer l'économie de la guerre aérienne, sans mobiliser un grand nombre de ressources humaines. Avec moins de personnel, les forces armées seraient capables de déployer des essaims entiers pour traquer les drones ennemis. Mais une inconnue demeure: comme la production de ces appareils reste relativement bon marché, la généralisation de ces systèmes de défense pourrait aussi accélérer la course aux armements et la production industrielle à large échelle.
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