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Au Maroc, le business très rentable mais polémique du mouton de l'Aïd el-Kébir

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26.05.2026

Au Maroc, le business très rentable mais polémique du mouton de l'Aïd el-Kébir

Julie Chaudier – Édité par Émile Vaizand – 26 mai 2026 à 6h55

Chaque année, à raison de 6 millions de têtes abattues, ce sont 18 milliards de dirhams qui passent de main en main en quelques jours au Maroc, à l'occasion de la «grande fête» musulmane du sacrifice. Ce phénomène rituel et social attire engraisseurs et intermédiaires, mais profite peu aux petits éleveurs et laisse exsangue les familles urbaines.

Temps de lecture: 6 minutes

«Le schéma classique, c'est d'acheter des agneaux âgés de 4 à 6 mois, de les engraisser pour les revendre et faire une maxi culbute pour l'Aïd!», lance le bien nommé Mehdy du Maroc à ses plus de 53.000 followers sur sa chaîne YouTube. Européen d'origine marocaine, le jeune homme est parti s'installer au Maroc avec le projet d'investir dans l'agriculture pour gagner de l'argent.

De fait, si, depuis la France, le sacrifice rituel du mouton chez les musulmans –en référence à Abraham qui sacrifia un mouton à la place de son fils Isaac lorsque Dieu le lui ordonna– apparaît selon le point de vue comme une pratique religieuse respectable, paysanne ou barbare, il prend au Maroc une tout autre réalité. Ce ne sont pas moins de 6 millions de jeunes moutons mâles ou, à défaut, de chèvres ou de brebis, qui sont sacrifiés chaque année par les près de 9,3 millions de ménages que compte le royaume, au moment de la «grande fête» de l'Aïd el-Kébir (de son vrai nom l'Aïd al-Adha, la «fête du sacrifice»), qui aura lieu au Maroc ce mercredi 27 mai 2026.

Un transfert massif d'argent des villes vers les campagnes

«Au plus fort de la hausse des prix, un mouton pour le sacrifice peut se vendre 6.000 à 7.000 dirhams [entre 560 et 655 euros, ndlr]. L'Aïd est traditionnellement l'occasion d'un transfert massif des villes vers les campagnes: une occasion inespérée pour vendre des mâles inutiles. Avec 6 millions de bêtes abattues, à raison de 3.000 dirhams la bête en moyenne, cela fait 18 milliards de dirhams transférés, c'est énormément d'argent», précise Mohamed Taher Sraïri, enseignant-chercheur à l'Institut agronomique et vétérinaire de Rabat.

Les 18 milliards de dirhams (près de 1,7 milliard d'euros) de chiffre d'affaires générés chaque année par le secteur sont en effet souvent présentés comme un transfert massif d'argent des villes vers les campagnes. Au Maroc, toutes les familles rurales possèdent au moins quelques bêtes, qui leur permettent, lorsqu'un peu d'argent est gagné, soit de le garder –ces familles de petits éleveurs n'ont généralement aucun compte bancaire– ou bien de le faire fructifier avec la naissance d'agneaux et de constituer un matelas de sécurité en cas de coup dur.

Depuis la crise liée au Covid-19, si la hausse des prix a permis aux familles d'éleveurs de reconstituer leurs troupeaux, ce ne sont pas elles qui en bénéficient directement au moment de l'Aïd.

Pour près d'un million de petits........

© Slate