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Cannes 2026, jour 11: ultime coup de cœur, petits rattrapages et vœux pieux

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23.05.2026

Cannes 2026, jour 11: ultime coup de cœur, petits rattrapages et vœux pieux

Jean-Michel Frodon – 23 mai 2026 à 11h18

«L'Aventure rêvée» de Valeska Grisebach est la dernière découverte majeure d'une compétition officielle de bonne tenue, sélection phare d'un Festival où d'autres titres encore méritent attention, à l'heure de l'annonce d'un palmarès dont il est donné ici une version toute personnelle.

Temps de lecture: 10 minutes

Dans l'attente du palmarès, cette dernière chronique quotidienne cannoise 2026 revient sur quelques titres, parmi les soixante-deux des diverses sélections qu'on a réussi à voir, ayant suscité l'adhésion mais sans avoir encore trouvé place ici.

Et on se permettra un rare avis extrêmement négatif, avant de se livrer au petit jeu favori des festivaliers à la fin de la manifestation. Il s'agit non pas de pronostics –pas la moindre idée de ce qui sera distingué par le jury présidé par Park Chan-wook– mais d'un palmarès personnel, ou plutôt d'un top 4 4( 1), auquel on se tiendra fermement quel que soit le résultat de la cérémonie du 23 mai au soir.

«L'Aventure rêvée», de Valeska Grisebach (en compétition)

C'est comme une jungle. Non pas de végétation, ce qui pousse dans cette zone à la frontière entre Bulgarie et Turquie, aux marches de l'Europe, est plutôt maigre. Mais une jungle d'histoires, de relations formulées ou pas, de trafics, de rancœurs, de menaces, d'allégeances.

Le dénommé Saïd, dont on apprendra qu'il appartient à la minorité Pomak, débarque à Svilengrad, comme Clint Eastwood arrivait dans un village de l'Ouest. Mais d'une part il ne débarque pas réellement, il revient. Et surtout, malgré sa présence magnétique, il n'est pas le héros.

Le héros est une héroïne, Veska, femme puissante que tous respectent et beaucoup désirent, fille du pays revenue elle aussi d'on ne sait où, et officiellement dirigeant un chantier de fouilles, sur cette frontière qui a été un carrefour de civilisations depuis la Haute Antiquité. Saïd retrouve Veska, sans qu'on sache bien ce qui les lie ou les a liés. Il entreprend une négociation douteuse, se fait voler, rend quelques visites, passe des appels. Et puis il disparaît.

Veska ((Yana Radeva) et Saïd (Syuleyman Alilov Letifov), qui a été son ami, son allié et peut-être son amant. Mais qu'est-elle pour lui aujourd'hui? | Haut et court / Festival de Cannes

Le film reste avec Veska, qui circule entre de multiples groupes, bandits, paysans, femmes d‘affaires, ouvrières polonaises, anciens et anciennes des mines de l'ère socialiste, prostituées… Tout le monde raconte des histoires, vraies ou fausses, à double ou triple sens, des blagues, des menaces, des intimidations, des déclarations d'affection, des souvenirs.

On boit beaucoup, on rit beaucoup, on crie et on murmure, et Valeska Grisebach, uniquement avec ces matériaux de bric et de broc, si peu spectaculaires, construit un monde complexe, menaçant, saturé de récits et de présences. Svilengrad, c'est un coin perdu aux confins de l'Europe, et quelque chose de très significatif du monde où nous vivons, de ce qui le fait fonctionner comme de ce qui le menace.

Le troisième long-métrage de la trop rare cinéaste allemande, après les passionnants Désirs (2006) et Western (2017) est un assez sidérant film d'aventure, où une arme à feu venue du passé et des règlements de compte pas tous verbaux participent de ce portrait complexe et inquiétant, mais formidablement incarné, de la réalité d'une Europe que l'Occident prend grand soin de ne pas voir et auquel il ne comprend rien.

S'inspirant du cinéma de genre hollywoodien pour mieux raconter un espace-temps contemporain, cette version contemporaine et archaïque de Pour une poignée de dollars ou de L'Homme des hautes plaines est d'une lucidité implacable, au milieu des éclats de rire et des petits verres de rakia.

Rattrapages compétition officielle: «Hope», «The Man I Love», «Coward»

Film de genre revendiquant sa tonalité extrême, le quatrième long-métrage de Na Hong-jin fait advenir en compétition officielle le genre du film de monstre hyper violent que le réalisateur découvert avec The Chaser en 2008 a déjà représenté sur la Croisette avec ses précédentes réalisations, dans des sections........

© Slate