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À voir au cinéma: «Notre salut» ou le doux vertige de l'ignominie

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29.09.2026

À voir au cinéma: «Notre salut» ou le doux vertige de l'ignominie

Le film d'Emmanuel Marre invente une approche inédite et saisissante de Vichy, à la fois très précise et inscrite dans des contextes bien plus vastes.

Temps de lecture: 4 minutes

Par Jean-Michel Frodon

29 septembre 2026 à 19h55 – Édité par Manon Michel

Des lieux comme celui-là, il y en a partout, et à toutes les époques. Des hommes et des femmes avec un peu de pouvoir, beaucoup de certitude de leur propre valeur, qui paradent, se séduisent et se mentent, esquissent des alliances ou des conflits.

Bien sûr, la situation sur laquelle s'ouvre le film d'Emmanuel Marre est précisément située, et cette situation est décisive: à Vichy, à l'automne 1940, peu après que Pétain ait signé l'armistice et pris le pouvoir.

Mais la manière dont est filmée cette première séquence, en circulant de groupe en groupe, s'attardant sur un bon mot, un commentaire sur l'actualité ou une anecdote, établit d'emblée cette dimension plus générale.

C'est de cet environnement qu'émerge la figure de Henri Marre. Fonctionnaire ambitieux frustré de ne pas parvenir à faire reconnaitre ses idées par ses supérieurs, il voit dans la situation née de la défaite et de la déliquescence de l'ancienne administration une opportunité.

Imbu de lui-même et prêt à tout, il cherche l'occasion d'un emploi qui serait aussi l'occasion de mettre en action les idées qu'il a exposées dans le livre qui donne son titre au film, et qu'il distribue avec une insistance un peu ridicule.

Marre, le personnage (un carton final viendra informer qu'il s'agit de l'arrière-grand-père du réalisateur, dont les archives ont nourri le film) sera cette figure à la fois arrogante et falote. Déterminé et maladroit, l'ex-ingénieur se voyant en grand organisateur fraie son........

© Slate