À voir au cinéma: «La Ligne bleue», «Maquisards», «Festin boréal»
À voir au cinéma: «La Ligne bleue», «Maquisards», «Festin boréal»
Les documentaires de Marie Dumora, Christian Philibert et Robert Morin explorent des formes singulières afin d'évoquer la mémoire de la 2ᵉ guerre mondiale pour les deux premiers, le grand cycle de la nature pour le troisième.
Temps de lecture: 6 minutes
Par Jean-Michel Frodon
15 septembre 2026 à 19h55
«La Ligne bleue», de Marie Dumora
Une cicatrice rose dans la montagne. Des milliers d'hommes y sont morts. On ne comprend pas d'abord, la caméra dans la voiture longe cette route de campagne paisible. Une femme raconte.
Le nouveau film de Marie Dumora est un étrange voyage dans le temps et la douleur, autant que dans l'espace. Par glissements successifs, La Ligne bleue s'approche. Ce mouvement, qui va de la carrière au camp du Struthof, l'unique camp de concentration nazi sur le territoire français, et du camp aux villages environnants, progresse par rencontres successives.
Il y a les témoins, qui étaient enfants à l'époque, et sont désormais très âgés. Il y a celles et ceux qui sont nés dans les années suivantes, dans un après-guerre où l'Occupation était encore dans toutes les mémoires. Il y a les jeunes gens, celles et ceux qu'on voit sont des chercheurs, historiens, archéologues, qui étudient les traces, aident à comprendre et à raconter.
Et il y a les enfants d'aujourd'hui, auxquels les générations précédentes disent quelque chose, d'une image qui est toujours à la maison, d'un lieu par lequel on passe pour aller à l'école. Le film ne tient rien pour acquis, surtout pas la fermeté des savoirs et des mémoires, mais se défie de ce qui serait un «devoir».
Sa beauté fluide et émouvante passe par cette multiplicité de fils qui se tressent, se défont, se renouent autrement. Ce sont des histoires de défaite et de résistance, de courage et de chagrin, de trahison et de souvenir.
Marie Dumora trouve la juste distance pour les écouter, sans rien de pompeux et sans rien de complaisant. Tout se joue dans un territoire tout petit, une vallée des Vosges où nul, jamais, n'a pu être hors du regard des autres.
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La cinéaste, dont une grande partie de l'œuvre (cinq films) est dédiée aux membres de la communauté yéniche à partir du parcours de deux sœurs, poursuit ainsi une œuvre entièrement ancrée dans une région définie, l'Alsace. Mais elle l'aborde cette fois selon........
