À voir au cinéma: l'élan transcontinental et intime de «Dao»
À voir au cinéma: l'élan transcontinental et intime de «Dao»
Jean-Michel Frodon – Édité par Émile Vaizand – 27 avril 2026 à 19h55
En Afrique et en Europe, au plus près des émotions et des histoires partagées, le nouveau film d'Alain Gomis est une immense fresque hantée par la mémoire et le présent du colonialisme.
Temps de lecture: 4 minutes
Le film a commencé? Cette femme qui parle de sa vie plein cadre, est-ce une actrice qui veut obtenir un rôle ou bien un personnage? Et celle-ci? Elles racontent des fragments d'existence, semblent jouer des moments d'une fiction. Elles sont noires. Elles sont impressionnantes de présence, d'une beauté qui pulvérise les codes. Parmi elles, l'une rayonne d'une intensité magnétique. On l'appelle Gloria. Ce n'est pas son vrai nom, mais celui du personnage qu'elle va jouer.
Gloria discute avec une autre, beaucoup plus jeune, Nour. Dans Dao, elles seront mère et fille. Nour va se marier; Gloria questionne ses choix, s'interroge, elle qui ne s'est jamais mariée. Elles vivent en France. Mais les voici qui arrivent dans un pays d'Afrique et bientôt dans un village; on comprend que c'est celui de leur famille. «Famille», ici, cela désigne des dizaines, peut-être des centaines de personnes. Une cérémonie se prépare.
Un grand mouvement d'un continent à l'autre
En France, une autre cérémonie a lieu. Pas exactement le mariage, ni mairie ni lieu de culte, mais la fête du mariage –traversée exubérante de la cité de banlieue où les époux et leurs proches connaissent tout le monde, salutations amicales ou respectueuses au marché, traversée d'un bout de campagne francilienne vers une vaste demeure qui accueille ce genre de festivités. Là aussi, c'est la famille, les familles des deux qui viennent de convoler et cela fait, à nouveau, beaucoup de monde. Presque tous et toutes noirs, là aussi. Pas tous.
En Afrique, se met en place un rituel collectif à la fois très codifié et plein d'inventions concrètes, de discussions matérielles, d'échanges personnels en marge de ce qui........
