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À voir au cinéma: «En nous», «Toutes mes sœurs», «Loin de moi la colère», «La Bataille de Gaulle: L'Âge de fer»

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02.06.2026

À voir au cinéma: «En nous», «Toutes mes sœurs», «Loin de moi la colère», «La Bataille de Gaulle: L'Âge de fer»

Jean-Michel Frodon – Édité par Émile Vaizand – 2 juin 2026 à 19h55

À des échelles très différentes, les documentaires de Juliette Binoche, de Massoud Bakhshi et de Joël Akafou témoignent au plus près de pratiques et de vécus, alors que la fiction d'Antonin Baudry amplifie la dimension légendaire de la geste gaullienne à Londres.

Temps de lecture: 12 minutes

«En nous», de Juliette Binoche

Dès les premiers mots du générique apparaît une affirmation et se présente une question, qui feront la richesse de cette singulière proposition. L'affirmation: sur l'écran, il est écrit «Akram Khan, danseur, et Juliette Binoche, actrice». La question: quel est le sens, dans ce cas précis, d'affirmer que En nous est un film de Juliette Binoche?

En 2007, Akram Khan et Juliette Binoche créent un spectacle sur scène, In-I. L'un et l'autre sont célèbres, dans leurs disciplines respectives. Mais à l'époque, il ne fait aucun doute qu'il s'agit d'une proposition chorégraphique, même si la danse est la pratique de l'un et pas de l'autre.

Ce spectacle, qui a connu 120 représentations dans le monde, a été présenté pour la première fois au Royal National Theatre de Londres, en octobre 2008, puis un mois plus tard au Théâtre de la Ville à Paris. L'émotion qui en émane tient pour partie à l'inégalité technique des deux danseurs et à ce qui se joue, loin d'être systématiquement à son avantage à lui, dans cette asymétrie.

Dans le décor mémorable conçu par l'artiste plasticien britannique Anish Kapoor, elle dynamise le spectacle, au moins autant que le partage plus évident qui structure le récit d'une relation amoureuse, entre une femme et un homme, une femme blanche et un homme non blanc. Alors qu'on se trouve ailleurs lorsque débute En nous: avec deux personnes assez démunies face au projet dont ils ont décidé l'idée, sans savoir en quoi il consisterait, et doivent y faire face concrètement.

Elle et il ont beau être Binoche et Khan, Juliette et Akram doivent se coltiner l'invention pratique, physique, technique, plastique de ce qu'elle et il vont faire ensemble. Et c'est aussi une invention politique, au double sens des échos (genrés et postcoloniaux) que convoquent ces deux présences et de rapports de force, dominateurs ou pas, que leur coprésence dans l'espace de la salle de répétition implique de facto.

Akram Khan et Juliette Binoche dansant leur spectacle In-I, entre fusion et divergence. | Ad Vitam

Avec à leurs côtés deux femmes impressionnantes de compétence attentive, la masseuse Su-Man Hsu et la coach Susan Batson, elle et il relèvent ce défi à partir de leur savoir-faire, lui de danseur, elle d'actrice. En tâtonnant pour que cela ne soit pas une addition, mais une fusion porteuse de sens et d'émotion.

On le sait depuis longtemps, il est peu de chose que le cinéma sache faire aussi bien que de montrer du travail en train de se faire. Et c'est ce qu'accomplit la première moitié du film, en rendant perceptible le grand arc des tensions, des troubles qui peuvent être névrotiques, ou sensuels, ou incompréhensibles, des épuisements qui peuvent être écrasants ou féconds. Un grand arc que l'une et l'autre parcourent, parfois ensemble, parfois l'un ou l'une vers l'autre, parfois seul.

Le spectacle pour la scène date d'il y a près de vingt ans, mais le film est au présent. Un présent d'une quête qui a été celle de l'actrice d'alors et qui est celle de la cinéaste d'aujourd'hui.

La deuxième partie montre le spectacle dans son déroulement, filmé lors des dernières représentations. Elle est le contrepoint nécessaire de ces questionnements multiples qui traversent en tous sens la première moitié: pas du tout une résolution, mais quand même une réponse, celle qui a été trouvée.

Grâce à ce qui a précédé, on perçoit bien mieux que lors du live combien la question du jeu d'acteur, de la fiction, de l'écart entre personne et personnage y est aussi active que les bien réelles performances chorégraphiques. Bref, on voit un autre spectacle, bien plus riche de sens que ce dont l'enregistrement semblait devoir n'être que la trace.

Mais en quoi En nous est-il «un film de Juliette Binoche»? Elle ne l'a pas filmé, c'est sa sœur, la réalisatrice Marion Stalens, qui a tourné ces images. Elle n'a pas fait l'assemblage de ces mêmes images, opération accomplie par deux monteuses, Sophie Brunet et Sophie Mandonnet. Étrangement, ce film dont on voit bien le caractère «second», n'existant qu'à la suite de l'entreprise de création à deux que fut In-I, est un très puissant témoignage de ce qu'est un auteur de cinéma –une autrice en l'occurrence.

Personne d'autre que Juliette Binoche, depuis sa place telle que définie par son long parcours d'actrice et par son........

© Slate