Le mystère médical de Gloria Ramirez, devenue «toxique» pour les médecins qui tentaient de la sauver
Le mystère médical de Gloria Ramirez, devenue «toxique» pour les médecins qui tentaient de la sauver
François Montcorbier – 3 avril 2026 à 21h55
Pourquoi le personnel médical s'est-il effondré autour de cette patiente? Malgré une piste impliquant un composé chimique rare, aucune explication ne fait consensus. Le cas reste l'un des plus troublants de la médecine moderne.
Temps de lecture: 2 minutes - Repéré sur Popular Mechanics
Dans la soirée du 19 février 1994, à 19h50, les pompiers de Riverside, en Californie, sont appelés au chevet d'une femme en détresse. Gloria Ramirez, 31 ans, mère de deux enfants, a récemment été diagnostiquée d'un cancer du col de l'utérus au stade terminal. En moins de vingt‑quatre heures, sa mort va pourtant devenir l'un des cas médicaux les plus déroutants de l'histoire récente, au point que la presse américaine la surnommera «la femme toxique», raconte un article de Popular Mechanics.
Transportée d'urgence au Riverside General Hospital, Gloria Ramirez présente des symptômes classiques d'extrême urgence: nausées violentes, vomissements, rythme cardiaque très élevé. L'équipe médicale applique les protocoles standards: sédation et médicaments destinés à stabiliser le cœur. Tout semble se dérouler normalement, jusqu'à ce que l'infirmière Susan Kane lui pose une sonde urinaire et lui prélève du sang avec une seringue.
Susan Kane remarque d'abord une odeur nette d'ammoniac se dégageant du tube. Une interne, Julie Gorchynski, distingue de curieuses particules jaune pâle en suspension dans le sang de la patiente. Quelques instants plus tard, Susan Kane chancelle et manque de s'effondrer, bientôt imitée par Julie Gorchynski, puis par la technicienne respiratoire Maureen Welch, qui ventilait la patiente avec un ballon. Maureen Welch racontera plus tard avoir perdu tout contrôle de ses membres. Pendant que le personnel s'écroule autour d'elle, Gloria Ramirez meurt, moins d'une heure après l'arrivée des secours à son domicile.
S'ensuit un véritable casse‑tête médico‑légal lorsque les équipes dressent le bilan de cet étrange épisode: 23 membres du personnel hospitalier sur 37 présentent des symptômes –évanouissements, difficultés respiratoires, nausées, troubles neurologiques– après avoir approché la patiente. L'ampleur de l'incident conduit les autorités à organiser trois autopsies successives dans une salle spécialement aménagée, avec combinaison intégrale et procédures de sécurité dignes d'un scénario de film catastrophe.
Un remède maison pointé du doigt
Face à ce phénomène inexpliqué, le département de la Santé de Californie avance d'abord l'hypothèse d'un épisode de psychose collective, déclenché par la peur et l'odeur inhabituelle dans la salle d'urgences. Une conclusion que plusieurs soignants contestent vigoureusement, au regard de la gravité de leurs symptômes. En parallèle, la famille de Gloria Ramirez pointe du doigt l'hôpital, rappelant que des inspections avaient déjà évoqué des fuites de gaz remontant des égouts dans le service des urgences.
Des échantillons biologiques ainsi que le dossier de la patiente sont confiés au Lawrence Livermore National Laboratory (LLNL), un laboratoire de pointe en Californie. Les chercheurs avancent l'explication suivante: Gloria Ramirez aurait utilisé du diméthylsulfoxyde (DMSO), un composé soufré vendu comme solvant ou en gel, qu'elle aurait appliqué sur sa peau pour calmer ses douleurs. Ce recours à un remède maison, fréquent chez les malades atteints de cancer, pourrait expliquer le film gras observé sur sa peau et l'odeur inhabituelle rapportée par les soignants.
Selon le scénario reconstitué par l'équipe de Livermore, ce DMSO se serait accumulé dans le sang de Gloria Ramirez. L'oxygène administré par les ambulanciers aurait ensuite oxydé le composé en diméthylsulfone, une molécule connue pour cristalliser à température ambiante –des cristaux ayant effectivement été observés dans le sang prélevé.
Dans certaines conditions encore mal comprises, une partie de cette diméthylsulfone aurait pu se transformer en diméthylsulfate, un agent neurotoxique volatil extrêmement dangereux à très faibles doses. En s'évaporant dans la seringue ou au contact de l'air, il aurait intoxiqué le personnel présent dans la pièce, provoquant une panoplie de symptômes compatibles avec une exposition à ce type de substance.
De nombreux chimistes restent pourtant sceptiques, voire franchement critiques. Ils soulignent que la transformation du DMSO en diméthylsulfate nécessite des conditions de température, de concentration et de catalyse peu compatibles avec le corps humain et une salle d'urgences, et que le composé n'a jamais été directement détecté dans les échantillons analysés. Plus de trente ans après les faits, le mystère scientifique demeure entier.
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