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États‑Unis: comment le pouvoir politique se sert de la religion pour justifier la guerre en Iran

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13.03.2026

États‑Unis: comment le pouvoir politique se sert de la religion pour justifier la guerre en Iran

Blandine Chelini-Pont – 13 mars 2026 à 19h55

Outre-Atlantique, l'intervention militaire lancée contre l'Iran ne peut être comprise uniquement à partir de logiques militaires ou diplomatiques. Elle s'inscrit également dans un champ symbolique et religieux dense, où traditions théologiques et narrations identitaires contribuent à légitimer, à contester ou à réinterpréter la violence des armes.

Temps de lecture: 9 minutes

Quand on parcourt les prises de position publiques de ces derniers jours aux États-Unis, il est frappant de constater à quel point polarisation politique et polarisation religieuse s'entremêlent. Les partisans de l'opération lancée contre l'Iran conjointement avec Israël ont volontiers recours au registre religieux: sacralisation du leadership politique états-unien, mise en scène religieuse de la guerre, vision apocalyptique de l'affrontement actuel dans certains segments de l'appareil militaire, justification biblique par certains milieux chrétiens pro-israéliens… Dans le même temps, une partie de l'extrême droite américaine, habituellement alignée sur l'administration Trump, promeut une vision complotiste et antisémite des derniers événements.

Ces dynamiques se heurtent à un ensemble de discours religieux profondément étrangers à la logique de guerre et à la moindre justification biblique ou morale de la destruction de l'Iran. Ces prises de position, mises en avant aussi bien par des Églises américaines protestantes que par l'Église catholique des États-Unis et par le Vatican, réaffirment les principes du droit international et contestent la mobilisation du sacré au service de la guerre.

La sacralisation du leadership politique: Donald Trump et l'imaginaire apocalyptique

Le premier élément de cette configuration est la construction autour de la figure de Donald Trump d'un imaginaire politico-religieux propagé par un ensemble de théologiens et de leaders fondamentalistes, qu'on peut qualifier de protestants charismatiques, au sein d'une mouvance contemporaine, la Nouvelle Réforme apostolique, qui se présente comme une véritable restauration du pouvoir spirituel chrétien, où les leaders prophétisent et interprètent les événements comme des signes divins.

Plusieurs de leurs personnalités médiatiques –Paula White, Lance Wallnau, Cindy Jacob, Dutch Sheets– ont magnifié, depuis sa première candidature, Donald Trump, allant jusqu'à le voir en lui un acteur providentiel inscrit dans l'histoire du salut.

Cette lecture mobilise notamment une typologie biblique fondée sur la figure du roi David, souverain choisi par Dieu malgré ses fautes personnelles. En 2016, Jerry Falwell Junior, président de la Liberty University, expliquait ainsi que Dieu avait choisi David malgré ses péchés et qu'il fallait juger un leader politique comme un roi, non pas comme un pasteur. De son côté, Franklin Graham, président de la Billy Graham Evangelistic Association, a mobilisé la même typologie pour justifier le soutien évangélique à Donald Trump.

Ce schéma herméneutique permet de neutraliser les critiques morales à l'égard de l'actuel président des États-Unis, tout en l'inscrivant dans une narration providentialiste. Se prenant au miroir de son «élection divine», Donald Trump, qui a pu se présenter comme «l'Élu» («the Chosen One»), utilise un vocabulaire apocalyptique dans certains de ses discours, notamment lors d'un meeting tenu à West Palm Beach (Floride), le 26 juillet 2024, où il a implicitement évoqué une transformation radicale de l'ordre politique américain.

Cette rhétorique s'inscrit dans une tradition fondamentaliste millénariste, qui interprète l'histoire contemporaine comme le prélude d'une confrontation finale entre le bien et le mal. Dans cette perspective, la politique étrangère états-unienne peut être relue comme une étape du drame eschatologique. La guerre cesse alors d'être un simple instrument de puissance: elle devient l'un des événements possibles de l'accomplissement de l'histoire divine.

La mise en scène religieuse de la guerre à la Maison-Blanche

La seconde étape de ce processus consiste à traduire cette théologie fondamentaliste, qui assume la guerre terrestre comme un combat final, en mise en scène institutionnelle.

Le 5 mars 2026, alors que les opérations militaires au Moyen-Orient s'intensifient, Donald Trump accueille dans le Bureau ovale une vingtaine de pasteurs évangéliques. Ceux-ci prient pour le président et pour les soldats américains engagés dans la guerre. Le pasteur Tom........

© Slate