La peur que les humains inspirent affecte la faune sauvage
Dossier Éclats de sciences
La peur que les humains inspirent affecte la faune sauvage
Superprédateurs entre tous, les humains affectent de manière disproportionnée les autres espèces. Au-delà des impacts directs, on découvre aujourd’hui que l’épouvante qu’ils font régner a des conséquences en cascade sur les populations et les écosystèmes.
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AuAu Jardin des plantes de Nantes (Loire-Atlantique), quand la grille se referme le soir venu, fouines, renards, blaireaux et martres sortent du bois. « Je traverse ce jardin tous les jours et je découvre aujourd’hui que l’ouverture et la fermeture du parc conditionnent la vie de tout ce cortège d’espèces qui viennent jusqu’au cœur des villes », raconte Laurent Godet, directeur de recherche au CNRS.
Dans les villes, mais aussi dans les campagnes et même les réserves naturelles, les animaux modifient leurs comportements, changeant leurs activités dans le temps et l’espace pour éviter les humains. Superprédateurs craints entre tous, nous affectons la vie sauvage bien au-delà des mortalités visibles.
Pour observer la vie cachée de la faune sauvage, Laurent Godet se félicite de la démocratisation des pièges vidéo, ces caméras dont le déclenchement automatique lors du passage d’un animal permet de saisir les images d’animaux trop discrets pour être vus. Et des images, il en a regardé. 100 000 vidéos sur trois ans, grâce à des caméras installées des centres-villes à la périphérie rurale des villes de Nantes et de Montpellier (Hérault).
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Ses premiers résultats, présentés lors d’une conférence à l’université de Nantes, ont montré la manière dont les animaux changent leur mode de vie selon un gradient ville-campagne : ils sont de plus en plus nocturnes à l’approche des villes. « Ces espèces communes vivent proches de nous, mais paradoxalement on les connaît mal, du fait de leurs stratégies d’évitement permanentes », explique l’écologue.
Selon Laurent Godet, un effet covid explique pour partie cet engouement de la communauté scientifique. Durant le confinement, les écologues ont vu, comme tout monde, fleurir les vidéos montrant toutes sortes d’espèces dans des lieux inhabituels. La preuve que lorsqu’on supprime la présence humaine, la vie animale reprend. Cette occasion unique pour les biologistes et les écologistes d’observer une nature épargnée des perturbations humaines a été nommée « l’anthropause », terme proposé dans Nature Ecology & Evolution en 2020. Même dans les parcs naturels où les activités humaines sont très encadrées et la chasse interdite, la disparition des humain·es pendant quelques mois a changé la donne.
L’écologie de la peur
Comme dans la réserve états-unienne du parc national de Glacier dans le Montana, au sein de laquelle vingt-quatre espèces – des grizzlis aux souris, en passant par les cerfs – ont été étudiées grâce aux pièges photographiques pendant et après le confinement. Leurs comportements ont changé avec le........
